07 août 2020
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ZRP : 3 actions pour éviter les contaminations croisées des céréales au champ et lors du stockage à la ferme

Vous êtes engagé dans une filière de production « Zéro Résidu de Pesticides » (ZRP) et vous avez scrupuleusement suivi les recommandations techniques concernant la conduite de votre culture tout au long de la campagne. Bravo, mais attention à ne pas gâcher ces efforts après les dernières interventions au champ. En effet, votre responsabilité porte sur la garantie d’une production exempte de résidus jusqu’à la livraison à l’organisme stockeur (OS). Le challenge est d’autant plus grand si vous pratiquez le stockage à la ferme. On vous éclaire sur les facteurs du succès de la production ZRP, en tenant compte des contraintes liées aux phénomènes de contamination croisée : éviter les phénomènes de dérive au champ, nettoyer ses équipements pour la récolte et pour le stockage, là réside la clé d’une campagne bien menée jusqu’au bout.
Par Camille Thomas, Publié il y a 1 an à 07h08
Conséquence visible d’un phénomène de dérive sur une parcelle voisine de celle traitée (source : Protecteau)

La contamination croisée est la contamination de votre culture/de votre production par des molécules phytosanitaires appliquées sur une parcelle voisine ou sur un lieu de stockage. Ces deux sources de résidus sont les principaux facteurs d’échec de la production ZRP quand il s’agit d’applications très proches de la récolte ou d’applications avec des molécules rémanentes (insecticides de stockage par exemple).  

Au champ : attention aux phénomènes de dérive liées aux applications de produits phytosanitaires sur des parcelles voisines à la vôtre en conduite ZRP

Lors des applications de produits phytopharmaceutiques, une fraction n’atteint ni la plante ni le sol, elle est entraînée dans l’atmosphère puis retombe plus ou moins rapidement au sol selon la taille des gouttelettes qui la composent. La molécule peut ainsi se déplacer de plusieurs centaines de mètres voire kilomètres. Ce transfert est qualifié de dérive.

Pour réduire ce phénomène1, il convient d’abord de respecter les conditions d’application optimales du produit données par Arvalis ou par le fournisseur. Il s’agit généralement d’une hygrométrie élevée (> 70 %), de températures clémentes (entre 5 et 20°C), d’absence de vent et du respect de la hauteur optimale de la rampe en fonction de l’angle des buses. La hauteur minimale est de 50 cm pour des buses de 110° et de 90 cm pour des buses de 80°.

En parallèle, il est recommandé d’appliquer les produits phytopharmaceutiques avec un dispositif antidérive homologué. C’est d’ailleurs obligatoire pour les applications de prosulfocarbe, molécule pour laquelle des dépassements de LMR ont été constatés sur des cultures pour lesquelles cette substance active n’est pas autorisée.

Ce type de phénomène a notamment été observé à la suite du traitement de cultures de printemps proches de parcelles de céréales sous contrat « ZRP » récoltées peu de jours après ladite application.

A la récolte : un bon nettoyage des équipements de récolte entre deux productions est essentiel

Le nettoyage des équipements de récolte et des bennes entre deux récoltes de cultures différentes, surtout si elles ont des cahiers des charges différents, doit être réalisé pour éviter tout risque de contamination croisée. Ce nettoyage sera également utile pour limiter le transport des graines d’adventices (bromes, ray-grass, vulpin, folle avoine…) d’un champ à l’autre.

Arvalis recommande un nettoyage rapide (une vingtaine de minutes) en plusieurs étapes :

  • Nettoyer le fond de la barre de coupe et le dessus du convoyeur
  • Ouvrir et vider le bac à pierre sous le convoyeur
  • Ouvrir au maximum les grilles réglables / sortir les grilles à trous pour les nettoyer
  • Ouvrir les trappes des pieds d’élévateur et des vis de retour
  • Nettoyer l’intérieur de la trémie
  • Ouvrir la trappe de vidange
  • Nettoyer les grilles supérieures des secoueurs le cas échéant
  • Mettre en place la machine à la vitesse maximale tout en montant et descendant plusieurs fois la barre de coupe et en faisant tourner la vis de vidange
  • Nettoyage extérieur de la machine : dessus du déflecteur du broyeur et essieu arrière

A la ferme : un nettoyage efficace des installations de stockage pour éviter la contamination éventuelle par un lot précédent et la nécessité d’utiliser un insecticide de stockage

Il est important de rappeler que les insectes ne viennent pas des champs mais des installations de stockage, d’une campagne à l’autre. Ils se concentrent là où il y a de la poussière, des brisures de grains. Un lot infesté qui, par conséquent, ne remplit pas les critères d’un lot « sain, loyal et marchand » est un lot refusé par l’OS. Pour lutter contre les insectes, la solution a longtemps été d’utiliser des insecticides de stockage quand la prévention ne suffisait plus.  Or, les insecticides de stockage, du fait de leur rôle (action rémanente pour assurer la lutte contre les insectes et larves dans le temps) ont tendance à laisser des résidus sur les grains2.

Nettoyage d’une cellule de stockage à la ferme (Source : Arvalis)

Pour éviter la présence des insectes dans les grains stockés, les travaux commencent avant la récolte, à la vidange des derniers lots. Il s’agira d’enlever, du haut vers le bas, les reliquats de la culture précédente qui a potentiellement été traitée et de réaliser un nettoyage à sec (aspiration, soufflage, balayage) de la cellule, des parois voire de la charpente si elle est en bois. Ce nettoyage vise à enlever tout grains ou croûte de grains qui pourrait attirer des insectes. Ce nettoyage poussé est indispensable pour prévenir les infestations et garantir une bonne conservation de la prochaine récolte.

Stocker du grain sec, propre, correctement refroidi dans une cellule elle-même propre reste la meilleure manière de préserver la qualité des produits stockés, sans utiliser de traitement. Si le risque habituel d’infestation ne permet pas de s’affranchir d’une protection supplémentaire, mieux vaut se tourner vers l’utilisation de poudres inertes entre la vidange et la prochaine récolte (bicarbonate de sodium ou terre de diatomée par exemple), qui forment un barrage physique pour la plupart des insectes.

(1) Le levier est utile si la parcelle en ZRP est localisée au milieu de votre parcellaire global. Si les parcelles voisines sont celles d’un autre agriculteur, c’est ce dernier qu’il faudra convaincre de mettre en œuvre ces bonnes pratiques, si ce n’est pas déjà le cas.
(2) Dans le cas d’un traitement par insecticide de stockage, il s’agit de contamination directe et non de contamination croisée.