26 novembre 2019
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Un verger circulaire pour produire des fruits sans pesticide

Par Namm, Publié il y a 2 ans à 14h11
©Thomas Nicolas – Inra Gotheron (Drôme)

À l’occasion du salon Tech&Bio 2019 qui s’est tenu près de Valence, l’INRA de Gotheron a ouvert ses portes pour présenter le projet Z*, comme Zéro pesticide. Un nouveau projet exploratoire en arboriculture qui vise à produire des connaissances et savoir-faire solides en bio-régulation pour de nouveaux types de conduites de vergers en agriculture biologique.

À l’issue de dix années d’expérimentation, l’INRA de Gotheron a démontré que l’on pouvait réduire de 50 % l’usage des produits phytosanitaires dans des vergers de pommiers mono-espèce, en conduite conventionnelle comme en conduite biologique. Et que les vergers actuels ne permettaient pas d’aller au-delà sans compromettre la récolte, en quantité et en qualité.

Le projet Z est né de ce constat. L’équipe de l’INRA en a déduit qu’il fallait très certainement créer un nouveau type de verger pour le rendre difficile d’accès aux bio-agresseurs et ne pas avoir besoin de pesticide tout en assurant une bonne production, tant sur la quantité que sur la qualité.

Début 2018, après deux années de réflexion, un verger de 1,6 ha a été planté. Et la première chose qui frappe, lorsqu’on le voit, c’est qu’il est rond ! C’est un verger multi-espèces, constitué de 9 cercles concentriques pour un diamètre d’environ 150 m et son centre est une mare. Les distances de plantation, 6 x 4 m, sont celles des fruits à noyaux de la région, mais ce qui est une faible densité pour la pomme.

Le double cercle extérieur R9 est constitué d’arbres forestiers avec quelques fruits à coque. Il vise les fonctions de brise-vent, de ressources pour auxiliaires et de barrière pour les ravageurs et les maladies. C’est le seul cercle qui n’est pas dédié à une production commercialisable.

R8 comprend 2 variétés de pommier. L’une vise à piéger les pucerons et à empêcher leur développement, car elle leur est résistante. L’autre, grâce à sa précocité, doit limiter les populations de carpocapse en les privant de fruits sur lesquels les chenilles peuvent se développer.

R7 est un rang multi-fruits mais sans fruits à pépins ni à noyau. On y trouve figuiers, framboisiers et autres petits fruits, arbousiers, kakis, néfliers, noisetiers et grenadiers.

De R6 à R1, des fruits à pépins et à noyau. Les espèces et les variétés forment des spirales qui s’imbriquent les unes dans les autres.

Au centre, R0, la mare et un tas de pierres. Ils fournissent ressources et habitat pour la faune auxiliaire (insectes, araignées, oiseaux, chauve-souris, reptiles, petits mammifères…) tout au long de l’année ! Tout autour du verger, des nichoirs à chauve-souris et à mésanges sont installés pour retenir ces auxiliaires prédateurs des ravageurs.

Le design de ce verger, le choix des plantes, de leur agencement dans le temps et dans l’espace, l’alternance de fruits à noyaux et à pépins, et cette diversité constituent un ensemble de barrières internes. Tous les effets visés (barrière, dilution, piège) sont faibles. C’est la multiplication des barrières et la combinaison de plusieurs processus (freiner la progression, favoriser les auxiliaires, etc…) qui va assurer la protection du verger et être évaluée dans l’expérimentation.

Entre chaque rang et à la périphérie du verger, de la luzerne est implantée pour fournir de l’azote au sol. Une fois fauchée, elle est ramenée sur le rang de fruitiers pour servir d’engrais.

Sylvaine Simon, agronome à la station INRA de Gotheron, explique que le verger circulaire vise à produire des connaissances sur les processus de régulation des ravageurs en verger, sur les approches pour concevoir et piloter des systèmes de production de fruits diversifiés et échanger sur les choix réalisés dans ce dispositif et en verger classique.

Des arboriculteurs, des formateurs, des conseillers et des expérimentateurs/chercheurs ont participé à la conception du verger circulaire. La station échange régulièrement avec ces différents publics de la filière via des projets et des visites.

Les échanges se font sur tous les aspects du dispositif, depuis l’organisation générale, le choix de plantation… jusqu’à des aspects pratiques de gestion ou de matériel, ajoute Mme Simon. « Ce que l’équipe de l’INRA de Gotheron propose lors de chaque visite, c’est de partager la démarche et les choix réalisés, voire de réfléchir avec les visiteurs à la mise en place d’un tel système chez eux ou à la transposition de certains éléments. Répliquer le verger de Gotheron ne fait pas sens. A l’inverse, l’approche pour concevoir et piloter un tel système en a. Ce sont les fonctions attendues (brise-vent, production, fourniture de ressources pour les auxiliaires, pièges, répulsion…) des plantes et des aménagements qui sont importantes, pas leur nom. »

Le projet Z a une durée prévue de 20 ans. Les premières récoltes sont prévues pour le printemps prochain. Et avec elles les premiers enseignements.

* Le premier verger du projet Z présenté ici est un des trois dispositifs expérimentaux du projet ALTO (EXPE Ecophyto, 2018 – 2023) dont l’objectif est de développer de nouveaux systèmes de production de fruits très bas intrants, voire sans pesticides, en proposant une démarche interdisciplinaire et multi-acteurs générique pour reconcevoir l’espace de production de fruits et son pilotage.

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