11 décembre 2019
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Avantages et inconvénients du relay-cropping : des agriculteurs témoignent

Les tentatives d'agriculteurs de faire du relay-cropping se multiplient, mais elles ne sont pas forcément couronnées de succès. Témoignages d'agriculteurs sur les points de blocage. Explications de Sarah Singla (Aveyron), Jean Hamot (Gers) et Vincent Guyot (Aisne).
Par Hélène Claude, Publié il y a 2 ans à 19h12

« Sur 100 essais de relay-cropping, il y en a un qui marche », fait part Sarah Singla, agricultrice dans l’Aveyron et formatrice en agronomie. Si elle atteste de l’intérêt de la technique, qui permet de faire deux cultures en un an, elle préfère mettre en garde sur les difficultés de la mise en œuvre. En pratique, le relay-cropping consiste à semer la culture d’été dans la culture d’hiver, sur des bandes de terre laissées à nu. Retrouvez les conseils pour bien débuter en relay-cropping mais attention aux déconvenues. Deux agriculteurs ont testé cette pratique, voici leurs témoignages :

Blé/soja dans le Gers : des essais sur trois ans

Jean Hamot est céréalier sur 250 hectares dans le Gers. Cela fait trois ans qu’il essaie de semer du soja dans du blé, et il ne renouvellera pas l’expérience. « Nous avons semé le blé avec ce schéma : deux rangs à 17 cm d’écartement, 50 cm de vide pour accueillir le soja, puis de nouveau deux rangs de blé à 17 cm », explique le producteur.

La première année, « le blé a pris toute l’eau, relate Jean Hamot. Il aurait fallu arroser fin mai début juin ». Résultat, trop de stress hydrique pour le soja, et rien à récolter. La deuxième année, « on a irrigué l’été, mais les semis au printemps ont été compliqués, avec beaucoup de pluie, on a eu de mauvaises levées ». Seulement 10 à 12 quintaux de soja ont pu être récoltés. Enfin, en 2019, semis de blé et de soja ont réussi, l’essai a été irrigué, mais après la moisson de blé, « les trois hectares ont été envahis d’amarantes et de chénopodes, on a moissonné pour récolter même pas 500 kg de graines de soja ».

Pour lui, si la technique est intéressante, il s’estime « déçu » : pas de soja à récolter. « En blé, on ne perdait pas trop de potentiel », soit en 2019 entre 15 et 18 quintaux de moins. « Le problème c’est le soja, il faut irriguer l’été, et on n’a pas que cela à irriguer. Et si c’est pour arroser des mauvaises herbes… ». Il réfléchit à se tourner vers des cultures en dérobée, avec semis de soja derrière la récolte d’orge. « Le relay-cropping est une technique intéressante mais difficile à mettre en œuvre », résume l’agriculteur.

Orge d’hiver/betterave dans l’Aisne : des problèmes d’eau et de lumière

Dans l’Aisne, Vincent Guyot a expérimenté une double culture orge de printemps betterave il y a 8 ans, en semant l’orge de printemps, et l’après-midi même, des betteraves, avec comme objectif de récolter l’orge de printemps et de laisser repartir les betteraves, qui réapparaissaient dans le chaume. « Je n’ai rien récolté en betterave, indique le producteur. On touche à l’une des limites du relay-cropping : l’eau et la lumière sont des facteurs limitants ».

En 2019, il essaye un relay-cropping orge d’hiver/betterave. « Entre temps, la technologie est arrivée, pour nous aider, comme le RTK par exemple ». Il a semé l’escourgeon dans l’interrang de la future betterave, semée en mars. « C’était un coup d’essai pour voir la faisabilité », précise l’agriculteur, qui a fait avec le matériel présent à la ferme. Il fait part d’une problématique de désherbage : « on se retrouve avec une dicotylédone dans une graminée, on cherche des désherbants qui passent sur les deux, mais il y en peu ».

Bilan de l’essai : les betteraves ne sont jamais reparties, malgré une récolte d’orge d’hiver plus précoce, au 14 juillet, conséquence des fortes chaleurs de l’année. Pour l’agriculteur, « la technique pourrait marcher en récolte immature, pour de la méthanisation ».

Des freins quelle que soit la région
Désherber sans impacter la deuxième culture
Limiter le stress hydrique pour la culture relai