13 juillet 2020
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Des start-up à l’assaut de l’agritourisme

L'agritourisme, ils y croient ! Plusieurs start-ups ont investi ce champ, cherchant à développer et moderniser ce secteur, notamment grâce aux outils numériques et plateformes collaboratives. Attention, toutefois, à bien garder les pieds sur terre... Les idées se multiplient mais toutes ne perdurent pas.
Par Cathy Pierre, Publié il y a 3 semaines à 08h07
L'application Park & view localise les camping-caristes et leur propose des emplacements à proximité.

« Nous connaissons en ce moment un vrai boom sur notre site : + 150 % de réservations et + 100 % de création de nouveaux emplacements par les agriculteurs par rapport à l’an dernier », commente Grégoire Popineau, le fondateur de la plate-forme Park & view.  Créée en 2018, cette plate-forme met en relation des propriétaires terriens, majoritairement agriculteurs, et des camping-caristes. Les premiers proposent aux seconds des emplacements où ils sont assurés d’avoir une vue splendide et d’y être les seuls occupants.

De l’accueil sans investissement

La création de cette start-up est issue de l’expérience personnelle de Grégoire Popineau. Camping-cariste depuis de nombreuses années, il a pu constater que trouver un bon emplacement nécessitait souvent des tours et des détours.  En moyenne, un camping-car roulerait une heure trente, avant de dénicher le bon spot. Et encore, avec parfois une certaine insécurité quant aux autorisations d’y séjourner…

Mais en tant que fils d’agriculteurs, Grégoire Popineau sait aussi que la majeure partie du territoire français est agricole et que les potentialités d’accueil d’un camping-car dans une prairie, au bord d’un étang, ou dans un verger, sont immenses ! En outre, comme dorénavant, la plupart des véhicules de tourisme sont autonomes en eau, en électricité, la mise à disposition d’un emplacement par un agriculteur ne nécessite aucun investissement de sa part…

Park & view : smartphone, ferme et camping-car

Park & view fonctionne sur le mode d’une plate-forme internet et d’une application pour smartphone, collaborative, avec géolocalisation, caractérisation et plan d’accès des emplacements. Généralement, les premières locations se font à titre gratuit, le temps que la « communauté » valide l’emplacement. Ensuite, ceux-ci peuvent être loués autour de 10 euros les 24 heures, chaque agriculteur étant libre d’établir, ou non, un contact avec l’hôte.  « Notre succès est dû au fait que 100% de nos emplacements garantissent le mode « seul au monde », poursuit Grégoire Popineau. Pile dans la tendance de l’été 2020 !

Capture d’écran du site Park & view

Un « Airbnb » pour l’agritourisme

Autre entrepreneur, lui aussi fils d’agriculteurs, qui a investi ce secteur : Adrien Gabillet, le fondateur d’AgriVillage, début 2019. Son ambition est simple : il veut être « le Airbnb » du séjour à la ferme ! Comme sur les autres plates-formes communautaires, il n’y a pas d’étoiles ou de label sur les hébergements proposés sur AgriVillage :  ce sont les commentaires des utilisateurs qui font office de gage de qualité.  Après seulement un an d’existence, la plate-forme rassemble déjà 500 offres d’hébergements.

C’est aussi après une expérience personnelle qu’Adrien Gabillet a eu l’idée d’AgriVillage : « J’ai accueilli des amis citadins dans la ferme familiale pour une fête. Voir tous ces gens si curieux de comprendre le cycle de production d’un troupeau de vaches laitières, ou la conduite d’un engin agricole m’a ouvert les yeux.  Nous devons faire venir les Français dans les fermes ».

AgriVillage veut créer du lien

Avec AgriVillage, Adrien Gabillet ne se contente pas de vendre de l’hébergement. Il souhaite aussi  « recréer du lien entre la société et le monde agricole » . Durant chaque séjour, un rendez-vous est pris entre l’agriculteur et son hôte pour partager une activité durant une heure et demie.

La période de confinement a été plutôt stressante pour les salariés de la start-up et les hébergeurs :  «  Nous avons assuré la continuité du service. Notre rôle a été de rassurer nos hébergeurs et de les tenir au courant très régulièrement des événements ».  Et dès la fin du confinement, les réservations ont redémarré. Ce qui fonctionne le mieux selon Adrien Gabillet : les habitats insolites, pour le dépaysement total, et la présence d’animaux.

Capture d’écran du site AgriVillage
Sur la plate-forme AgriVillage, les habitats insolites sont particulièrement prisés cette année ©Cath. P.

Des start-ups à observer sur le long terme : attention à « l’inertie » de tout nouveau service

En théorie, le potentiel de développement de l’agritourisme est considérable. Selon l’Insee, seulement 2 % des 450 000 exploitations françaises en font. Si tous les agriculteurs ne peuvent pas loger des vacanciers, presque tous ont des choses à leur montrer, à leur raconter ou à leur faire goûter. Beaucoup d’entre eux le font d’ailleurs, mais de manière informelle et non rémunérée.

C’est sur ce créneau des visites de fermes que s’était créé, en 2016, la start-up Mon beau terroir.  Elle avait développé un bel outil permettant de réserver et payer en ligne des visites chez des producteurs locaux et elle clarifiait la prestation : le visiteur ne se sentait pas obligé d’acheter et le producteur était rémunéré pour le temps passé.

En deux années, une communauté de 200 producteurs avait vu le jour dans toute la France. Mais faute de volumes de visites suffisants pour assurer la rentabilité de la jeune entreprise, Mon beau terroir a cessé ses activités en 2018.  Elle a toutefois transmis une partie de ses producteurs à une autre start-up, partageant la même philosophie : Oh la vache !

Oh la vache vous propose de mettre la main à la pâte

Celle-ci propose aux citadins un concept différent mais complémentaire : une immersion de quelques jours à la ferme pour se mettre au vert, mais aussi mettre la main à la pâte et apprendre des savoir-faire. « Nous avons des formats plus longs et plus complets, les expériences apportent plus de revenus aux producteurs et à notre initiative », commente Clara Béniac, sa fondatrice. Issue d’une famille agricole, elle aussi est convaincue qu’il faut organiser des rencontres. « Notre réseau de producteurs s’agrandit peu à peu… Nous ne sommes pas pressés. Et effectivement, nous observons, en cet été 2020, une hausse de notre activité ».

Capture d’écran du site Oh la vache !