22 septembre 2020
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Semer du seigle entre deux années de luzerne, une aubaine pour la méthanisation

Le seigle est intéressant pour alimenter l’unité de méthanisation, car sa production de biomasse à l’hectare est élevée. Adrien Perrier, jeune agriculteur à Ognes dans la Marne, s’est ouvert aux techniques innovantes grâce à sa curiosité et à son esprit d’entrepreneur. Agriculteur en grandes cultures et éleveur de vaches allaitantes, il se lance dans l’ensilage du seigle pour alimenter son futur méthaniseur.
Par Julie Guichon, Publié il y a 1 mois à 10h09
Au 25 février, le seigle dépasse déjà la luzerne qui ne l’a pas concurrencé. À la récolte en mai 2020, le seigle mesure 1.70 m. L’ensilage de la culture a compensé la perte de la première coupe de la luzerne. © Adrien Perrier

« J’ai semé du seigle le 15 septembre 2019 dans ma luzerne de deuxième année, après la 3ème coupe », indique Adrien Perrier, directeur associé de la SAS de Briffontaines. Je dispose d’un semoir de semis direct Gaspardo de 6 mètres de large. J’ai semé 77 kg/ha de semences composés pour 10 % de triticale et de 90 % de seigle. » Ce jeune agriculteur expérimente différentes techniques culturales dans l’optique d’approvisionner son méthaniseur en cours de construction.

La luzerne protège le seigle du gel

Lors de la première année d’implantation de la luzerne, le semis de seigle n’est pas conseillé. La légumineuse doit pouvoir passer au moins un hiver pour bénéficier d’une bonne implantation et accueillir le seigle sans dommage pour l’année suivante. « La date précoce du semis du seigle dans la luzerne permet qu’il se développe correctement avant l’hiver. Pour assurer sa levée, je sème des variétés lignées, car elles poussent plus vite que les variétés hybrides. Ainsi, avant l’hiver, la luzerne concurrence moins le seigle et ne pénalise pas son développement. Même si la légumineuse reste étouffante, le seigle, en cherchant la lumière, a très vite tendance à monter et à prendre le dessus sur elle. Cette association est bénéfique pour le seigle car la luzerne le protège du gel hivernal. »

De l’ensilage de seigle pour le méthaniseur

Ensilé le 12 mai à une hauteur de 1.70 m, le seigle a largement dépassé la taille de la luzerne. Il n’y a donc pas eu de concurrence entre les deux cultures. « Nous avons récolté 40 tonnes de matières brutes dont 70 % issues du seigle et 30 % de la luzerne. Le taux de matière sèche se situe entre 28 et 30 %. Le stade de la récolte du seigle immature est déterminant dans la quantité de biomasse fournie. Plus on ensile tard et plus le pouvoir méthanogène est important. Mais cette date est aussi dépendante du planning de fauche de la luzerne. Nous stockons l’ensilage sous des bâches pour un an au minimum avant de l’utiliser dans la ration du méthaniseur. »

Dans son unité de méthanisation, le jeune agriculteur prévoit une ration composée de fumier de bovins, de pulpes de betteraves et de CIVE (Culture énergétique à vocation énergétique), soit un tiers pour chaque fraction. « Ces produits proviennent de l’exploitation ou de co-produits issues de mes productions. C’est vertueux ! Le pouvoir méthanogène du seigle correspond plus ou moins à celui de l’herbe. Il se valorise bien en CIVE. C’est une culture peut typée méthanogène et pourtant les rendements de biomasse sont prometteurs. »

Le pouvoir étouffant du seigle est source d’économies

Le seigle est une culture économique à produire puisqu’elle nécessite peu d’intrants. Seules 50 unités d’azote ont été apportées sur la culture en sortie d’hiver pour favoriser sa croissance.

Grâce au seigle, Adrien Perrier a pu modifier son assolement en intégrant de nouvelles cultures telles que le tournesol et le sorgho. « Avec ces nouvelles cultures, je romps le cycle de développement des adventices et réduis le stock semencier. Le seigle est une plante qui fait peu de repousses. Il se détruit facilement dès la chute des étamines et ne cause pas préjudice à la culture suivante. Il m’a permis de faire l’impasse du désherbage de la luzerne. Dans ce contexte de limitation de l’utilisation des produits phytosanitaires, c’est plutôt favorable !»

Seigle : des rendements équivalents à la culture en solo

Sur son exploitation, Adrien Perrier cultive également du seigle pur. « Je le sème à 100 kg/ha pour un rendement équivalent à celui du seigle dans la luzerne. Pour maîtriser l’itinéraire technique de la culture en solo, je dois effectuer quatre passages d’outils et disposer de main-d’œuvre. C’est plus contraignant que le seigle associé à la luzerne que je sème en direct sans travail du sol et avec une densité de semis plus faible. D’un point de vue environnemental, je consomme moins de carburant et économiquement ma marge brute se trouve améliorée. »

Réfléchir à d’autres associations pour augmenter la rentabilité de l’exploitation

Le jeune agriculteur ne manque pas d’idées innovantes. Il réfléchit à d’autres associations de cultures sur son exploitation pour valoriser davantage la rentabilité de ses ateliers. « Intellectuellement cela demande beaucoup d’investissements, car nous manquons de références. Ce sont des techniques spécifiques et parfois coûteuses. Elles doivent s’intégrer dans l’organisation globale de l’exploitation, en fonction des périodes d’ensilage et selon la rentabilité économique du système. »