15 septembre 2020
Partager l'article :

Séchoir en grange : « L’autonomie protéique totale, c’est compliqué »

Vidéos
À Petit-Mars (44), cinq éleveurs ont investi dans un séchoir collectif en Cuma. Ils y sèchent principalement des fourrages, et obtiennent des teneurs en protéines, élevées. Cet outil augmente l'autonomie protéique territoriale. Mais à l'échelle de l'exploitation, l'indépendance à 100 % est difficile à atteindre à cause des sécheresses estivales.
Par Cathy Pierre, Publié il y a 1 mois à 11h09

L’odeur de foin est perceptible dès l’extérieur du bâtiment. Samuel Retière, l’un des cinq éleveurs adhérents du séchoir collectif de la Cuma des Volontaires, à Petit-Mars (44), confie que si le foin est très appétant pour les vaches, il l’est aussi pour les humains. Récemment, un restaurateur étoilé du secteur s’est ainsi intéressé au produit !

Le foin séché en bâtiment avec ventilation dynamique et chaleur passive provenant de la toiture translucide possède l’avantage de garder sa couleur, ses feuilles et son odeur. Autant de gages d’une haute qualité, notamment protéique. En 2019, le foin était à 18 % de MAT.  En 2020, faute de trèfle dans les prairies multi-espèces, il n’est qu’à 11 ou 12 % de MAT. © Cath.P.

Le séchoir collectif livre ses big-ballers depuis deux ans. À l’origine de cet outil, un groupe d’éleveurs, organisés en GIEE (1), soucieux de disposer de fourrages d’excellente qualité, à haute teneur en protéines. Ils sont aujourd’hui cinq détenteurs de parts dans le matériel. Quatre y font sécher du foin (prairies multi-espèces,  dactyle, trèfle et luzerne…) et un y sèche du maïs grain et du soja.  Hors saison de l’herbe, le séchoir peut être mis à disposition de clients extérieurs, pour différents produits (semences, céréales, copeaux de bois…).

Autonomie protéique souhaitée pour la conversion en bio

«  Chez nous, le déclic a été le passage de notre exploitation en bio en 2016 »,  retrace Samuel Retière, éleveur laitier en Gaec à deux associés à Petit-Mars  (65 VL, 400 000 l). « Le coût des achats de matières protéiques en bio nous semblait trop élevé, et il fallait aussi assurer la traçabilité ».  Déjà dans un système très herbager, avec une gestion fine du pâturage et une consommation d’herbe sous forme de foin et d’enrubannage, Samuel Retière et son associé envisagent alors d’atteindre l’autonomie protéique totale grâce au foin séché en grange.

Autonome en 2018, pas ensuite

«  Nous avons réussi à être 100 % autonomes en 2018… Mais depuis deux ans, avec les sécheresses, ce n’est plus possible ». Les éleveurs ont beau avoir mis en place des prairies adaptées, à base de dactyle sur les terres les plus séchantes, et de fétuque, trèfle blanc et ray-gras anglais (2) sur les autres, le compte n’y est pas. « Avec le foin séché en grange, nous avons la qualité, mais pas toujours la quantité ».

Autonomie protéïque : ne pas en faire un « dogme »

« Au départ, nous voulions à « tout prix » l’autonomie protéique. Aujourd’hui, on réfléchit un peu différemment. Nous avons encore des emprunts à rembourser, nous voulons maintenir une bonne production par vache à 7000 l par an, et nous ne voulons pas nous agrandir… Nous n’en faisons plus un dogme. Cette année, nous achetons un peu de bouchons de luzerne, produits localement, c’est un super fourrage, très favorable à la lactation et à la santé des vaches ».  Aujourd’hui, le Gaec estime être à environ 75 % autonome en protéines, et 99 % en énergie. Là non plus, plus de dogme  : cette année, pour compléter le pâturage, les associés ont acheté un peu de maïs grain.

Le séchoir collectif, qui apporte une certaine sécurité fourragère à ses adhérents, sera aussi un atout au moment de la transmission des exploitations : le jeune installé n’aura pas à racheter un outil onéreux, mais seulement des parts sociales… ©Cath.P.

Utiliser l’irrigation au service de l’autonomie de l’élevage

La recherche d’autonomie, à présent sur une base plus globale d’autonomie alimentaire, reste une voie d’amélioration pour le Gaec. La prochaine étape, pour Samuel Retière, serait de pouvoir mettre en place de l’irrigation. « Nous souhaitons sécuriser une production de luzerne.  Nous commençons les études pour faire une réserve hivernale, mais nous ne savons pas si nous pourrons la mettre en place :  l’irrigation a hélas une mauvaise image ».