29 juillet 2020
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Activité des abeilles : trois apiculteurs expliquent l’intérêt des ruches connectées

Anticiper le semis de jachères fleuries, adapter les traitements phytosanitaires, comprendre l’activité des abeilles heure par heure, les intérêts des ruches connectées sont multiples. Explications par des apiculteurs et agriculteurs, acteurs de cette innovation technologique.
Par Julie Guichon, Publié il y a 4 mois à 16h07

Les balances connectées font cohabiter apiculture et agriculture

Les ruches connectées profitent à la fois aux apiculteurs et aux agriculteurs qui cohabitent sans perturber l’activité des abeilles. ©Christopher Sénéchal

Christopher Sénéchal est apiculteur amateur et expert agriculture durable chez Syngenta. Les balances connectées permettent notamment d’anticiper les semis de jachères fleuries.

Utilisateur de balances connectées, Christopher Sénéchal les considère comme « un outil formidable qui permet de piloter ses ruches au plus près, de prioriser les déplacements et de connaître l’intensité de production ou le manque de ressources. Ces balances informent sur la dynamique de miellée ce qui permet de réagir rapidement pour poser des hausses ou récolter. Les balances électroniques sensibilisent à l’alimentation de la ruche toute l’année. Nous pouvons identifier les périodes de disette pour anticiper les semis de jachère fleurie pour combler cette période de creux.»

Pour Christopher, les perspectives d’évolutions de ces outils électroniques sont encourageantes. Leur spectre d’utilisation pourrait s’harmoniser avec les bonnes pratiques agricoles. « Selon le mois de l’année, traiter ou tôt ou tard dans la journée reste une notion approximative. L’heure de positionnement des traitements est variable et dépend de la température, du vent et de la luminosité. Les ruches connectées nous renseignent sur les plages horaires grâce au suivi d’activité du rucher. Alors, pourquoi ne pas intégrer cet indicateur dans la future PAC puisqu’elles sont aussi un excellent moyen de positionner les interventions phytosanitaires en dehors de la présence des abeilles ? »

Les abeilles, connectées au réseau numérique

« Je consulte régulièrement les informations collectées, c’est devenu un automatisme. Je peux voir les courbes d’évolution de la production dès que je le souhaite et sans effort et réagir vite en cas de besoin. » ©Thomas Périn

Thomas Périn, agriculteur et apiculteur à Bar sur Seine (Aube), adaptent ses traitement phytosanitaires selon les données des capteurs de ses ruches.

« Les ruches connectées sont un moyen efficace et rapide de contrôler la progression de ma production de miel. » À l’aide de capteurs, la balance connectée effectue une pesée de la ruche plusieurs fois par heure. Via une application, les données sont accessibles à n’importe quel moment de la journée. « Ces informations attisent ma curiosité. Je suis au jour le jour, voire heure par heure, le travail de mes abeilles. En sortie d’hiver, je constate rapidement si leur activité a redémarré. Plus tard en saison, la pesée m’informe sur d’éventuelles problématiques comme un essaimage ou un manque d’alimentation de la ruche. Je considère l’application comme un outil de suivi qui ne remplace en aucun cas l’observation sur le terrain. C’est un outil qui m’apporte du confort. C’est rassurant. »

Thomas utilise aussi cet outil dans son métier d’agriculteur. « Je gère mes traitements phytosanitaires sans perturber les pollinisateurs. J’ai installé une ruche à balance électronique en plein champs. A ce jour, je n’ai observé aucun impact négatif de mes activités agricoles sur la production de miel ni sur sa qualité. »

« On ne maîtrise pas tout en apiculture, c’est ce qui fait la richesse et la beauté de notre métier mais aussi sa complexité ».

Jonathan Marques est membre des Fermes Leader pour le projet Apitech. Cet apiculteur, installé à Magny (Yonne), exploite 1000 ruches en bio.

« Apiculteur en GAEC avec mon beau-père Pascal Vignaud dans la région du Morvan, nous exploitons 1000 ruches en agriculture biologique. Avec Fermes Leader, je participe au projet Apitech qui me semble fondamental et nécessaire dans la relation qu’entretiennent les apiculteurs et les agriculteurs. Nous devons travailler de pair pour avoir une conduite des ruchers la plus saine possible, avec moins d’interventions, sans pour autant altérer nos performances. Nous essayons de réunir toutes les conditions pour produire un miel de qualité.

Avec son beau-père, Jonathan Marques exploite 1000 ruches en agriculture biologique. Les ruches connectées ont permis d’organiser la pose des hausses dans un contexte de production élevée avec beaucoup de miellées.

La balance connectée est un outil qui m’aide beaucoup. Il faut apprendre à s’en servir. Elle contribue aux suivis des miellées. Les balances Beeguard sont perfectionnées avec des données détaillées qu’il faut apprendre à interpréter. Lorsque l’on travaille en réseau, cet outil présente l’avantage, pour chacun des membres, d’avoir accès aux mêmes données sans déperdition d’informations. Nous pouvons ainsi assurer un suivi plus précis et anticiper davantage notre organisation.

Les perspectives d’évolution de ce genre de matériel sont intéressantes et encourageantes. Nous devons encore progresser et corréler les données de poids et environnementales pour comprendre l’activité de la ruche. Pour cela, nous sommes bien accompagnés par Fermes Leader. Les animateurs organisent des Webinars en partenariat avec l’ITSAP1, c’est professionnel et enrichissant. Ils mettent à notre service leurs compétences et un appui scientifique. Cela nous donne plus de clairvoyance sur notre travail. »