14 août 2020
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Réchauffement climatique : jouer la carte de la complémentarité entre maïs et sorgho

Le sorgho fourrager gagne chaque année un peu plus de terrain dans l’assolement des éleveurs. Cette plante est particulièrement adaptée aux conditions climatiques des territoires au Sud de la Loire où la res-source en eau est limitante. Dans la ration, ses caractéristiques s’associent de manière judicieuse avec le maïs.
Par Paul Renaud, Publié il y a 2 mois à 08h08

Le réchauffement climatique impacte de plus en plus les rendements de maïs fourrage.  Pour y remédier, les éleveurs concernés ont dû trouver des solutions alternatives. S’il n’est pas question de remplacer complètement le maïs dans la ration, certaines espèces permettent d’en substituer une partie et d’assurer ainsi le stock fourrager. Ces cultures sont choisies pour leur moindre besoin en eau. Le sorgho est la plus connue d’entre elles.

12 ans de recul chez Seenovia

« Nous avons commencé à mettre en place du sorgho chez les éleveurs il y a douze ans. Depuis les surfaces ont bien augmenté en Charente-Maritime et Vendée. Aujourd’hui, on voit des implantations qui remontent vers le nord » témoigne Jean Tourneux, conseiller d’élevage spécialiste des fourrages chez Seenovia. Une tendance à la hausse des surfaces confirmée à l’échelle française par Sorghum ID, l’organisation interprofessionnelle du sorgho européenne. Les chiffres pour l’hexagone prévoient une augmentation des surfaces de sorgho fourrager de 25 % en 2020 pour atteindre 28 000 ha. À titre de comparaison, il y a 3 ans seul 15 000 ha étaient cultivés en France. « Historiquement, le sorgho est cultivé dans le Sud-Ouest. Il y a une dizaine d’années, la culture est arrivée en Vendée et Poitou-Charentes et récemment elle s’implante dans les Vosges et le Massif Central » commente Charles-Antoine Courtois de Sorghum ID.

Sorgho : un développement moindre en Normandie et Bretagne

À l’Ouest, la Bretagne et la Normandie semblent être la limite de développement de la culture. Anthony Uijttewaal d’Arvalis affirme ainsi qu’avec « des conditions pour lesquelles l’eau n’est pas limitante, le maïs aura toujours de meilleurs résultats ». C’est dans des contextes plus secs que le sorgho peut montrer tout son intérêt. Notamment lors de longue période estivale sans eau. Arvalis met actuellement en place un réseau d’essais pluriannuels pour évaluer le rendement des deux cultures en milieux séchant.

Le sorgho : un complément idéal au maïs

Là où les experts se rejoignent, c’est sur le rôle du sorgho. À aucun moment, la plante ne doit venir en opposition au maïs. Le sorgho a plutôt un rôle de complément. Il va notamment pouvoir s’implanter sur les parcelles non irriguées ou sur les petites terres. Pour les exploitations dont la ressource en eau est limitée, l’arrivée du sorgho dans la rotation va permettre de conserver l’eau pour les parcelles de maïs. « Cette plante vient d’Afrique, des températures de 40°C ne lui font pas peur. Elle peut repartir avec 5 à 10mm de pluie. Malgré tout, moins d’eau ne veut pas dire pas d’eau. Il en faut toujours un minimum », prévient Charles-Antoine Courtois.

Au-delà de l’aspect irrigation, le sorgho complète également le maïs dans la ration. « On peut incorporer jusqu’à 25 % de sorgho, soit 3,5 à 4,5 kg de matière sèche par bête » précise Jean Tourneux. Le conseiller en élevage explique que le sorgho « associe un faible taux d’amidon avec un taux de cellulose élevé et une très bonne digestibilité ». Ces caractéristiques permettent d’éviter de diluer la ration comme le feraient d’autres fourrages en complément du maïs.

©Sorghum ID

Choisir un sorgho adapté à l’alimentation animale

Encore faut-il savoir de quel sorgho il est question pour retrouver ces avantages. Sous le titre générique, se cachent des espèces multicoupes, monocoupe, fourrages, grains … En complément du maïs, les variétés recommandées sont les sorghos classés ensilage au CTPS. Ils permettent d’assurer une composition chimique proche du maïs fourrage. Au sein de cette catégorie, il faut ensuite choisir entre différentes variétés, dont les sorghos portant le gène Brown Mid Rib (BMR). « La caractéristique BMR signifie que la variété est peu ou pas lignifiée. C’est ce qui permet d’avoir une bonne digestibilité » souligne Jean Tourneux.

Retrouvez également le témoignage de Mickaël Poirier, agriculteur dans une exploitation laitière du Nord Vendéen.

Mélanger les variétés pour limiter la verse

Mais qui dit moins de lignines, dit potentiel problème de verse. Pour lutter contre ce phénomène, les éleveurs mélangent généralement deux variétés dans la parcelle. Pour limiter la verse, les sorghos qui ne produisent pas de grain sont à privilégier. La date de récolte doit également être optimisée. « À partir du 15 septembre, il faut commencer à regarder les conditions météos. Si elles sont bonnes, on peut attendre mi-octobre pour avoir le meilleur taux de matière sèche possible. Mais si elles se dégradent, il faut ensiler au plus vite » avertit Jean Tourneux.

© Sorghum ID

Un savoir-faire pour l’implantation et le désherbage

La récolte n’est pas la seule période délicate. L’implantation et le désherbage nécessitent également une attention particulière. « C’est une plante qui a besoin de beaucoup de chaleur pour lever. Il faut viser la bonne période pour réussir l’implantation » précise Jean Tourneux. Pour le désherbage, il préconise un binage en plus du désherbage pour booster la plante. Mais une fois le rang couvert, c’est gagné !

Maïs et sorgho : d’autres solutions existent

Pour s’adapter au réchauffement climatique, d’autres cultures que le sorgho peuvent venir compléter le maïs. Il s’agit des cultures fourragères estivales, type moha, sorgho multi-coupes ou encore avoine brésilienne.

Ces intercultures peuvent fournir une source de fourrage d’appoint pour compléter le maïs lors des années sèches. Même si elles sont conduites en dérobée, l’équation économique doit être regardée de près. Anthony Uijttewaal prévient que « lorsque ces productions sont mises en place dans des conditions déficitaires en eau, il faut bien faire le calcul entre chance de réussite et coût de l’implantation ». Si Arvalis va se pencher à l’avenir sur ce type de production dans des programmes élevage/méthanisation, l’ingénieur reste actuellement très prudent. « Ce sont des cultures à mener de manière opportuniste lorsque les conditions le permettent. En aucun cas elles ne doivent être envisagées comme socle fourrager » souligne-t-il.

La betterave résiste dans les périodes sèches
Parmi les alternatives au maïs, se trouve également une racine. La betterave fourragère a, comme le sorgho, la capacité à résister lors de périodes sèches. Elle représente en plus une bonne source d’énergie. « C’est une plante bisannuelle. La première année a vocation à accumuler des sucres. La betterave peut donc patienter en cas de manque d’eau » indique le spécialiste Arvalis. Pour lui, que ce soit en productivité ou en valeur énergétique, c’est une production candidate à la substitution. « Mais beaucoup de travaux doivent encore être menés pour considérer la plante et son insertion dans le système en termes de rendement, pâturage et/ou mécanisation et stockage de la récolte » niance-t-il.