08 septembre 2020
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Quatre questions à se poser avant de méthaniser des biodéchets

Si leur pouvoir méthanogène est très bon, les biodéchets ne sont pas des intrants comme les autres. Le point en question sur leur intégration dans des méthaniseurs agricoles.
Par Hélène Claude, Publié il y a 1 mois à 06h09
L’association des agriculteurs méthaniseurs de France mène une étude sur les solutions de déconditionnement possibles. © AAMF

« La plupart des biodéchets sont incinérés, ce qui nécessite de fournir de l’énergie, ou enfouis, avec parfois récupération de biogaz. Mais la matière organique est perdue, explique Hélène Berhault-Gaborit, chef de projet méthanisation à l’association Vienne Agri Métha. Il n’y a que la filière méthanisation qui permet d’intégrer aussi bien les biodéchets ». Un atout de taille en termes de transition énergétique et d’économie circulaire pour les territoires. Mais aussi pour l’agriculteur méthaniseur : le pouvoir méthanogène des biodéchets est très bon, et il est rémunéré pour les traiter. Pour autant, leur intégration nécessite quelques prérequis.

Y a-t-il des gisements disponibles ?

Leur nombre devrait augmenter dans les prochaines années. Réglementairement, les biodéchets sont des déchets biodégradables non dangereux, définis par le code de l’environnement. Ils peuvent provenir des parcs et jardins, des restaurants, des cantines, des ménages, de magasins, ou encore d’usines agroalimentaires. « Par exemple, nous avons un agriculteur qui intègre dans son méthaniseur des résidus de fabrication de pizzas », fait part Hélène Berhault-Gaborit.
Aujourd’hui, des gisements sont disponibles, mais la valorisation des biodéchets en méthanisation n’est pas encore optimale. Notamment car pour les collectivités, cela nécessite d’organiser des circuits de tri et de collecte pérennes, et les agriculteurs ont besoin de visibilité sur les approvisionnements. Les tonnages à traiter devraient augmenter, car à compter du 1er janvier 2023, les personnes produisant plus de 5 t/an de biodéchets devront les trier et les valoriser « de manière à limiter les émissions de gaz à effet de serre et à favoriser le retour au sol » (1). « Et à partir de 2024, l’ensemble de la population devra avoir à sa disposition une solution lui permettant de ne pas jeter ses biodéchets dans les ordures ménagères résiduelles », ajoute Aurélie Reibel, chargée de projet agriculture énergie climat au Geres, qui accompagne des porteurs de projets en région PACA.

Quelles sont les obligations réglementaires ?

Elles dépendent du type de biodéchet, et des tonnages. En termes de réglementation ICPE, une installation traitant des biodéchets est soumise à enregistrement si moins de 100 t/j sont traitées, et ensuite à autorisation. Les demandes sont à adresser au préfet de département. « En général, les dossiers sont préparés par des bureaux d’études », indique Hélène Berhault-Gaborit. En cas de traitement de SPAn (sous-produits animaux), un agrément sanitaire, à demander à la DDCSPP, est obligatoire. « Et ce dès le 1 kg intégré », explique Aurélie Reibel. Selon leur nature, ces SPAn devront subir une hygiénisation par pasteurisation (72°C, 1h) ou par stérilisation (133°C, 20 min, pression > 3 bars). « Il y a une dérogation pour les effluents d’élevage hors volailles, rappelle Aurélie Reibel.
À noter, depuis fin janvier 2020, il n’y a pas de dérogation possible si le tonnage d’effluents est supérieur à 30 000 t ou si les intrants proviennent de plus d’une dizaine d’exploitants ». Les déchets de cuisine de table, par exemple, doivent être pasteurisés, et les aliments retirés de la vente pour raison sanitaire, stérilisés.

Faut-il du matériel spécifique ?

Si une hygiénisation est nécessaire, il faut les équipements ad hoc. Ensuite, un déconditionneur peut être nécessaire, pour séparer les emballages de la matière destinée au méthaniseur. « Soit les agriculteurs en ont un chez eux, soit ils reçoivent une soupe de biodéchets », observe Hélène Berhault-Gaborit. Une étude est en cours à l’AAMF (association des agriculteurs méthaniseurs de France) sur les déconditionneurs.

Quel est l’impact sur le digestat ?

« La vocation première d’un agriculteur méthaniseur, c’est de produire de l’alimentation », rappelle Hélène Berhault-Gaborit. Nous sommes très attentifs à la qualité du retour au sol ». Pas question de faire des méthaniseurs agricoles des poubelles géantes : pour être épandu, le digestat doit être sain, donc exempt de toute matière plastique. D’où l’importance d’un déconditionnement de qualité.

(1)https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000031066116&cidTexte=LEGITEXT000006074220