26 novembre 2020
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Produire « sans résidu de pesticides », l’engagement d’un résultat à valoriser dans les filières ?

Les résidus de produits phytopharmaceutiques dans l’alimentation sont la première source d’inquiétude pour plus de la moitié des français (selon le baromètre EFSA(1) de 2019). De quoi pousser les industriels agroalimentaires ou encore les groupements de producteurs à prendre des engagements « Zéro Résidus de Pesticides (ZRP) ». Mais quelle est la nature de cet engagement et qu’implique-t-il en termes de conduite culturale ?
Par Camille Thomas, Publié il y a 11 mois à 10h11
peas growing on the farm

Un résidu de pesticide est défini scientifiquement comme la présence d’ « une ou plusieurs substances dans ou sur des […] produits d’origine végétale, ou […] ailleurs dans l’environnement, et constituant le reliquat de l’emploi d’un produit phytopharmaceutique, y compris leurs métabolites […] » selon la directive communautaire 91/414/CEE du 15 juillet 1991. Est alors fixée une quantité maximale de résidus de produits phytopharmaceutiques tolérée dans les aliments, c’est la Limite Maximale de Résidus (LMR). Cette quantité garantit une absence de danger pour le consommateur et se doit d’être la plus faible possible. La Commission Européenne (CE n°396/2005) s’assure de fixer les LMR des matières actives pour l’ensemble des matières premières(2).

Un produit « sans résidus de pesticides » est donc un produit qui, s’il contient des résidus, en contient moins que ce qui est autorisé par la réglementation (LMR) et moins que ce que la technologie permet de quantifier (10ppb).

Dans le dernier rapport annuel de l’EFSA(3) portant sur les résidus de pesticides présents dans les aliments dans l’Union européenne, 95,5 % des échantillons de la collecte ciblée et 98,6% des échantillons de la collecte aléatoire se situaient dans les limites légales autorisées.

Alors pourquoi vouloir aller au-delà de la conformité réglementaire ?

On pourrait croire qu’une production « Sans Résidus de Pesticides » ne viendrait alimenter qu’un marché de niche. Cependant, ce type d’engagement répond à une demande sociétale croissante. En effet, le consommateur est de plus en plus en quête d’aliments de qualité. Las de croire à des engagements de moyens où le résultat n’est parfois pas celui attendu, le consommateur demande aujourd’hui l’assurance d’un résultat, la preuve de l’engagement.

Le ZRP, démarche basée sur le résultat analytique, inspire donc confiance au consommateur.

Une obligation de résultats qui impose à l’agriculteur un nouveau critère dans le choix de ses intrants agricoles

« 0 résidus de pesticides » n’est pas à confondre avec « 0 pesticides ». En effet, l’agriculteur conserve la possibilité d’utiliser des produits de protection des plantes pour protéger sa culture face aux bioagresseurs (adventices, maladies, insectes, etc.). Cependant, il est de sa responsabilité de produire une production exempte de résidus.

Il n’existe pas un unique cahier des charges ZRP puisqu’il ne s’agit pas d’une obligation de moyens, mais bien une obligation de résultats. Il est donc difficile de faire des recommandations précises sur les itinéraires culturaux (variables d’une culture à une autre, d’un contexte pédoclimatique à un autre, etc.).

Cependant, l’emploi de molécules rémanentes ou appliquées à des stades proches de la récolte seront des applications particulièrement à risque.

De plus, la vigilance ne doit pas s’arrêter au champ. En effet, les insecticides de stockage, au vu de leur caractère rémanent (essentiel pour protéger les grains dans la durée), sont les plus à même de laisser des résidus sur les grains. De nombreux organismes stockeurs œuvrent à réduire, voire supprimer leurs utilisations. Le stockage à la ferme, quand il est pratiqué, devra faire appel à plus de mesures préventives (nettoyage strict, ventilation, etc.).

Autre source de résidus à ne pas négliger : la contamination croisée. Dans ce cas, les résidus proviennent d’une matière active non appliquée directement sur la culture en question, mais qui peut être le fruit de la dérive dans l’air d’une molécule appliquée sur une parcelle voisine, ou de la persistance d’une molécule dans un même matériel de récolte, un silo ou un convoyeur.

Quelle valorisation pour les agriculteurs ?

S’engager dans une filière ZRP impose à l’agriculteur de conduire ses cultures avec un choix d’intrants réduit, choix plus ou moins risqué selon les cultures et les années. Face à cela, l’engagement des agriculteurs dans ces filières dépendra du niveau de valorisation de la production, qui devra ainsi permettre de compenser cette prise de risques.

Le label Zéro résidu de pesticides du collectif Nouveaux Champs s’inscrit par exemple dans cette démarche de valorisation, mais d’autres filières, d’autres industriels agroalimentaires développent eux aussi leurs propres engagements vers des produits sans résidus, tels que le Programme Nature de Panzani, les engagements de Bonduelle, ou ceux des industriels de la Baby-food, pour ne citer qu’eux.