08 septembre 2021
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Portrait de femmes agricultrices : Marine Guyeu

aladin.farm a rencontré Marine Guyeu, éleveuse de vaches laitières à Rioux-Martin, en Charente. Dans son interview, elle nous parle de son parcours, se confie sur la passion de son métier et nous fait part de sa vision des enjeux de demain.
Par l'équipe de rédaction Aladin, Publié il y a 2 mois à 10h09
Portrait, Marine Guyeu

Présentation de Marine, femme agricultrice, en quelques mots :

  • Installée depuis le 1er janvier 2021 avec son conjoint et sa belle-mère. Transmission de l’exploitation par son beau-père parti à la retraite fin 2020. Au départ à la retraite de sa belle-mère prévue en 2024, elle gérera l’intégralité de l’activité de l’exploitation agricole avec son conjoint, installé lui depuis 2015.
  • Adhérente Océalia et Charente alliance. Ses beaux-parents étaient déjà adhérents de la coopérative au début de leur activité, il y a environ 40 ans.
  • Agricultrice en Polyculture-élevage avec :
    • 100 têtes, principalement des Prim’holstein 
    • 120 ha de SAU (Surfaces Agricoles Utiles) composées de :
      • 50 hectares de prairies naturelles,
      • 30 hectares de prairies temporaires/couverts végétaux (mélange CIPAN de raygrass et trèfles, qui permet de bien piéger l’azote et de produire un fourrage de qualité !),
      • 32 hectares de maïs ensilage (ou maïs fourrage) cultivé pour l’alimentation du bétail,
      • 8 hectares de maïs pop-corn.
  • Production : 900 000 litres/annuel
  • Commandes sur aladin.farm : Semences Prairies, Maïs et Engrais. Avec l’aide de leur technicien, à minima 2 fois par an 
  • Collecte par Sodiaal (coopérative laitière)

Marine, on vous laisse vous présenter ?

A 25 ans, bac pro agricole en poche, complété d’un BTS en Productions Animales et d’une licence des Métiers du conseil en élevage laitier, je me suis installée dans l’exploitation familiale de mon conjoint au départ en retraite de mon beau-père. J’avais travaillé avant, de 21 à 23 ans, en tant que technicienne de laiterie.

Pourquoi avoir fait le choix de ce métier ?

Je suis issue d’une famille d’éleveurs laitiers. Mes grands-parents, originaires de Normandie, élevaient des vaches et sont venus s’installer en Charente dans les années 1950-60. J’ai grandi dans cette région avec déjà une forte appétence et connaissance de la vie d’exploitant agricole.

J’ai choisi ce métier par passion pour l’élevage et aussi suite à la rencontre avec mon conjoint qui s’est installé en tant qu’exploitant agricole en 2015. J’aime le travail et le contact avec les animaux, tant sur le suivi de leur bien-être, de leur alimentation, de la reproduction, nurserie et la production laitière….

Produire notre propre fourrage, c’est être plus autonome sur le choix de l’alimentation pour notre troupeau. C’est avoir la certitude de leur donner une alimentation de qualité et puis cela permet également de diminuer nos achats d’aliments concentrés et de mieux maitriser nos coûts.

Un éleveur ne compte pas ses heures. Les jours (et les nuits !) sont bien remplis et je sais que lorsque ma belle-mère partira en retraite en 2024, il nous ne serons plus que 2 pour faire tous les soins journaliers, la traite, la nurserie et la production culturale. De la passion, il en faut !

L'éleveur ne compte pas ses heures

Qu’est-ce qui vous anime au quotidien ?

J’aime la prise de décision. Appliquer nos choix et en constater le résultat est une grande fierté. Quel que soit le résultat d’ailleurs… positif ou négatif, nous apprenons chaque jour un peu plus de notre métier. Evidemment, pour être rentable, nous avons peu le droit à l’erreur au vu des cours et marchés agricoles et du prix de vente du lait. Mais on est confiant.

Ce qui m’anime aussi c’est de travailler en couple. Nous sommes motivés tous les deux par de nouveaux projets et l’envie d’aller plus loin.

Quels sont vos enjeux de demain ?

Le prolongement et la continuité du travail accompli par mes beaux-parents durant leur carrière ! Je suis fière de leur succéder. Même si nos pratiques et notre travail quotidien sont un différents, la base reste la même. Il faut juste évoluer avec son temps et savoir se remettre en question souvent pour mieux avancer.

J’aimerai aussi que la société et les citoyens sachent reconnaitre notre métier a sa juste valeur. 

Notre métier évolue aussi selon les envies et besoins des consommateurs, axés à la fois sur la qualité et la traçabilité de nos productions.

Nos pratiques sont continuellement remises en question pour pouvoir les satisfaire. Un exemple : pour répondre aux attentes des filières et des sociétés, nous adhérons à la Charte des bonnes pratiques d’Elevage créée en 1999, un code déontologique du bon éleveur qui permet de réassurer les consommateurs sur la façon dont les éleveurs pratiquent leur métier, tant sur la traçabilité des pratiques sanitaires que sur le bien-être animal. Nous avons réalisé le diagnostic BoviWell, qui a permis d’évaluer le bien-être de nos animaux dans leur environnement et d’identifier des voies d’amélioration dans nos pratiques quotidiennes. Notre prochaine étape sera de réaliser aussi le diagnostic environnemental CAP2ER qui permettra de mesurer le carbone absorbé et produit sur notre exploitation.

Notre principal enjeu pour demain sera aussi d’organiser notre activité en alliant intelligemment vie pro et vie perso. L’un ne va pas sans l’autre.

Est-ce que les nouvelles technologies sont un plus dans votre activité au quotidien ?

Nous travaillons beaucoup avec le digital, que ce soit pour le suivi du troupeau, les déclarations de naissance, le suivi parcellaire, l’administration… Nous gagnons en rapidité et en sécurité dans le stockage de nos données. Au-delà de ça, nous privilégions aussi beaucoup le contact humain et attendons toujours beaucoup de nos techniciens de terrains qui nous apportent un regard extérieur constructif sur notre travail. 

Quelle est votre plus grande fierté ?

La production de denrées alimentaires françaises et de qualité ! Mais aussi, pour ma part, de faire partie de ces femmes cheffes d’exploitation. Il y a 3 fois plus de femmes agricultrices aujourd’hui qu’il y a 40 ans qui sont autant de vraies professionnelles. Je pense que notre statut est aujourd’hui reconnu dans le milieu agricole, et je suis fière de l’illustrer aujourd’hui et pour les années à venir.

Merci Marine pour votre témoignage !