14 août 2020
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Réchauffement climatique : plus de lait avec moins d’eau avec le sorgho au Gaec la Brosse

Depuis une dizaine d’années, les associés du Gaec la Brosse en Vendée ont décidé d’implanter du sorgho en plus du maïs. Objectif : limiter l’irrigation. Les bons résultats obtenus sur le troupeau, les ont poussés à augmenter ce fourrage qui représente un tiers de la ration.
Par Paul Renaud, Publié il y a 2 mois à 08h08

Accroupi dans une parcelle de sorgho, Mickaël Poirier est satisfait. La culture a correctement levé. « Maintenant ça devrait bien se passer, sauf si la période estivale est vraiment trop sèche » conclut-il en se relevant. Au sein du Gaec La Brosse où l’agriculteur est associé, le sorgho a fait son apparition dès la campagne 2011-2012.

Le sorgho pour épauler le maïs

Sur cette exploitation laitière du Nord Vendéen au 1,9 million de litres de lait annuel, le volume d’eau disponible pour l’irrigation était alors une limite à la production de fourragère. Les associés se sont donc mis en recherche d’une culture qui vienne épauler le maïs. « Nous avons commencé par 5 ha mais nous n’en avons pas eu assez pour tenir toute la campagne. Les surfaces ont, ensuite, augmenté petit à petit. Aujourd’hui, selon les années et le potentiel des parcelles choisies, nous implantons entre 25 à 30 ha par an » décrit le Vendéen.

Objectif : 14 à 15 tonnes de matière sèche par hectare

La ration des 150 vaches laitières est composée de deux tiers de maïs et un tiers de sorgho. « C’est une culture qui bloque sa croissance quand il fait sec, mais elle peut prendre 40 cm sur une semaine avec une pluie d’été » explique l’éleveur. À noter tout de même que moins d’eau ne signifie pas absence de pluviométrie. Le sorgho du Gaec la Brosse reçoit généralement un tour d’irrigation en fin d’été lorsque les maïs n’en ont plus besoin. L’objectif est d’atteindre 14 à 15 t de matière sèche (MS) par hectare.

Des effets bénéfiques sur le troupeau

Depuis que la ration s’est enrichie de sorgho, les éleveurs ont pu constater des effets bénéfiques sur le troupeau. À tel point que les associés du Gaec La Brosse ont décidé de continuer cette culture lorsqu’ils ont récupéré des volumes d’eau pour l’irrigation qui auraient pu leur permettre de réaugmenter la sole de maïs. « Pour obtenir un changement significatif sur les animaux, il faut mettre au minimum 15 kg de matière brute par tête. En dessous de 13kg de matière brute, il n’y a pas d’effet » rapporte Mickaël Poirier.

Adapter le hachage du sorgho

Concrètement, l’apport du sorgho s’est traduit la première année par un gain de production mais aussi une amélioration des taux. La seconde année, l’impact sur la production a été moins flagrant mais les associés ont observé une nette diminution des boiteries et une meilleure reproduction. Pour optimiser l’impact sur les animaux, les associés du Gaec ont opté pour une taille de hachage importante. « Sur l’ensileuse, on enlève l’éclateur et un couteau sur deux. La démarche est parfois compliquée quand des maïs doivent encore être ensilés. Donc nous nous arrangeons pour échanger le matériel avec les Cuma alentours » précise Mickael Poirier.

Mélanger les variétés de sorgho pour éviter la verse

« Au début nous avons tâtonné pour trouver les bons équilibres, avec des problèmes de verses au moment de la récolte. L’ensilage devenait très délicat » se rappelle Mickaël Poirier. Pour éviter ce désagrément, il sème aujourd’hui un mélange variétal avec deux tiers de Big Kahuna sensible à la verse mais avec de bon rendement, et un tiers de Master. Cette variété moins productive sert de tuteur à la culture.

Le semis se fait au semoir à céréale, dont certains éléments sont obstrués, lorsque la température du sol atteint 12 °C, environ 8 à 15 jours après le maïs. « Avec un espacement de 50 cm, je trouve que le sorgho recouvre plus rapidement le rang. Je constate moins de problèmes de désherbage qu’avec un semis à 75 cm » estime Mickael Poirier. En termes de densité, il sème 190 000 à 200 000 graines/ha pour obtenir 180 000 pieds/ha.

Sorgho, « Une culture assez facile »

Côté désherbage, un seul passage est nécessaire. Le Vendéen privilégie la période de pré-levée lorsque les conditions le permettent pour éviter de fatiguer la plante au stade 3/4 feuilles. Dans de rares cas, un binage peut venir compléter le désherbage. « Jusqu’en 2014, 2015, il y avait une idée générale qui définissait le sorgho comme une culture très méticuleuse. Finalement on se rend compte que c’est assez facile à réaliser » conclut Mickaël Poirier.

Allez plus loin sur le sujet, retrouvez notre article Réchauffement climatique : jouer la carte de la complémentarité entre maïs et sorgho