25 février 2020
Partager l'article :

« Au cœur des sols » : le label de l’Agriculture de Conservation des Sols

Par Namm, Publié il y a 9 mois à 17h02

Plusieurs démarches visent aujourd’hui à développer des pratiques agro-écologiques et à les communiquer auprès des citoyens ; comme, par exemple, l’initiative « 4 pour 1000 » portée par des organisations et acteurs privés internationaux, la certification « Haute Valeur Environnementale » portée par le ministère de l’Agriculture ou le mouvement « Pour une agriculture du vivant » porté par une trentaine d’acteurs privés et associations. C’est lors du Salon International de l’Agriculture 2020 qu’est lancé le label « Au cœur des sols », démarche portée par des agriculteurs pour faire reconnaître et valoriser leur système de production : l’agriculture de conservation des sols.

L’agriculture de conservation des sols (ACS)

L’ACS est un ensemble de pratiques culturales qui repose sur trois principes fondateurs :

  • ne jamais laisser les sols nus,
  • ne jamais labourer les sols,
  • utiliser des rotations longues pour recréer de la biodiversité végétale.


L’agriculture de conservation des sols est reconnue comme pratique agro-écologique. Elle aide notamment à lutter contre le réchauffement climatique, préserve les ressources en eau et la biodiversité, permet une réduction de l’usage des produits phytosanitaires. Voici quelques chiffres(1):

  • +50 à +400 % de carbone stocké dans le sol,
  • -10 à -50 % d’émission de gaz à effet de serre,
  • -60 % de consommation de carburant,
  • -90 % d’érosion hydrique,
  • de 2,5 à 8 fois plus de vers de terre dans les parcelles en ACS,
  • baisse de la pression des adventices, insectes et maladies.

Travailler en agriculture de conservation des sols reste plus risqué pour la marge/ha qu’en agriculture conventionnelle ; car elle implique de laisser plus de place à la terre et au vivant, dont le fonctionnement est complexe, qu’à la chimie et aux machines, dont le fonctionnement est maîtrisé. Or cette prise de risque au bénéfice de l’environnement n’est ni reconnue ni rémunérée à l’agriculteur.

C’est pour inverser cette situation que l’Association pour la Promotion d’une Agriculture Durable – APAD(2) – a décidé de créer le label « Au cœur des sols ».

Une reconnaissance du système de production.

« Au cœur des sols » est le 1er label d’agriculteurs dédié à l’Agriculture de Conservation des Sols. Son objectif est d’obtenir une valorisation économique pour les agriculteurs qui la pratiquent. « Avec ce label, nous voulons que la société reconnaisse les services qui sont rendus sur le territoire par l’agriculture de conservation des sols », explique François Mandin, Président de l’APAD au niveau national. « Pour le moment c’est une première étape ; ce label est une reconnaissance du système d’exploitation, pas des productions. En montrant la valeur pour la société, que l’on crée dans nos fermes, on peut espérer en obtenir une rémunération ; car aujourd’hui, la première valeur sur laquelle communiquent la distribution et des industriels de l’agroalimentaire est la méthode de production à la ferme. Ce n’est plus sur la transformation du produit ou leur technologie qu’ils communiquent » poursuit M. Mandin, qui ajoute : « Plusieurs entreprises sont déjà intéressées par notre démarche et certaines nous demandent déjà des produits labellisés ! Mais ce qu’on leur répond, c’est qu’en premier nous voulons que ce soit notre mode de production qui soit reconnu. Les produits issus de l’agriculture de conservation des sols viendront dans un second temps. »

La labellisation reste une démarche volontaire. L’agriculteur se rapproche de son groupe local APAD puis se fait auditer. Si son exploitation répond aux critères du référentiel, il obtient le label « Au cœur des sols ». Cette obtention est valable 5 ans.

En plus de respecter les trois piliers de l’ACS, les agriculteurs labellisés s’engagent à :

  • partager en groupe les meilleurs pratiques culturales,
  • chercher à diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires,
  • mettre en place une série d’indicateurs de résultats sur les sols et les parcelles,
  • développer sur leur ferme des actions qui favorisent la biodiversité et la régulation naturelle,
  • ouvrir leurs fermes aux agriculteurs et au grand public.

Par ailleurs, l’agriculture de conservation des sols est un système qui incorpore dans le sol plus de carbone que l’agriculture conventionnelle. Ce label, reconnu par le Ministère de l’Agriculture, est donc une des réponses de l’agriculture française aux enjeux de maîtrise du réchauffement climatique dans le cadre de l’initiative internationale « 4 pour 1000 », dont l’APAD est un membre actif.

Vers un accueil favorable par les citoyens ?

Pour soutenir leur démarche, l’APAD a fait réaliser en 2019 un sondage auprès de 1 500 personnes en respectant la méthode des quotas représentatifs de la société française.
Il en ressort que l’agriculture française est globalement mal perçue par les citoyens, car intensive et néfaste pour l’environnement, à l’exception de l’agriculture bio. Cependant, cette tendance peut s’inverser, puisque les citoyens soutiennent majoritairement les initiatives agricoles en faveur de la préservation de l’environnement. Certains sont même prêts à payer pour ce service.

Des objectifs ambitieux et atteignables

60 exploitations sont déjà labellisées. Elles seront 200 fin 2020. L’APAD vise 1 000 exploitations labellisées fin 2022, 5 000 fin 2025 et 10 000 fin 2030. « Aujourd’hui, la question de l’acte de production agricole est posée sur l’ensemble du territoire. Il est important que les agriculteurs montrent bien ce qu’ils font, comment ils travaillent, pour que la société reconnaisse les services qui sont rendus aux territoires par l’agriculture. On pense que c’est ainsi que l’agriculture aura une place économiquement cohérente sur l’ensemble du territoire », conclut François Mandin.

François Mandin est Président de l’APAD depuis 2019 et engagé dans le mouvement depuis 20 ans. Il est agriculteur en Vendée, associé dans un GAEC à trois. Il exploite 220 ha de polyculture et prairies. Il n’a pas labouré ses sols depuis 20 ans et pratique l’agriculture de conservation des sols depuis 10 ans.

(1)Données issues d’une conférence au ministère de l’Agriculture par Jean-Pierre Sarthou, chercheur INRAE-ENSAT – 21 septembre 2018.
(2)L’APAD est un réseau d’associations d’agriculteurs reconnues comme actrices de référence en agriculture de conservation des sols. Sa vocation est de faire connaître et reconnaître l’ensemble des résultats positifs que peut porter l’agriculture de conservation des sols dans les fermes.