24 juin 2020
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Météo et climat : un été chaud et sec s’annonce

Après un hiver anormalement doux, un printemps chaud, l'été 2020 devrait suivre la tendance. Une tendance durable, puisque les modélisations prévoient, d'ici 2050, des vagues de chaleurs plus fréquentes, plus intenses et plus longues. Conséquences : des sécheresses accrues, des calendriers de production décalés, et une gestion de l'eau cruciale. Point de situation avec les spécialistes de la Direction des services agrométéorologiques, de la direction de la Climatologie, et du Centre national de recherche météorologique de Météo-France.
Par Cathy Pierre, Publié il y a 5 mois à 12h06

Le mois de mai 2020 a été très chaud. Qu’en est-il de l’ensemble du printemps 2020 ?

Le mois de mai 2020 a été le mois de mai le plus chaud jamais enregistré sur la planète, d’après le service européen Copernicus. L’anomalie de température à la surface du globe en mai est de 0,63 °C au-dessus de la normale 1981-2010, devant mai 2016 et mai 2017. Pour la France, la température moyenne de 16,5 °C sur le mois a été 1,5 °C au-dessus de la normale, classant le mois de mai 2020 au 5e rang depuis 1900.

Pour le printemps météorologique (mars-avril-mai), la température moyenne a été de 13,3 °C sur la France, supérieure à la normale de 1,7 °C. Le printemps 2020 se classe ainsi au 2e rang des printemps les plus chauds depuis le début du XXe siècle derrière le printemps 2011 (+2,0 °C).

Écart à la moyenne saisonnière de référence (1981-2010) des températures du printemps 2020 – Source Météo France

Que peut-on présager de l’été 2020 ?

Le climat de l’été météorologique, qui a démarré en juin, sera probablement plus chaud que la normale sur une bonne partie de la France et plus sec sur la moitié sud. La montée des températures devrait en revanche être limitée par l’influence océanique sur la façade atlantique et le nord du continent. 

L’été, la position de l’anticyclone dit « des Açores » détermine le type de temps qu’il fait sur la France. Si l’anticyclone s’installe sur le nord ou l’est de l’Europe, le temps est plutôt chaud sur notre pays. Les hautes pressions forment un obstacle au passage des perturbations atlantiques et les vents d’est et du sud apportent de l’air chaud et sec. Si ces conditions perdurent, un épisode de canicule peut s’installer. Les météorologistes qualifient ces situations de « phénomène de blocage ».  Dans le cas de cet été, plusieurs modèles suggèrent un anticyclone des Açores plus développé que la normale, donc des épisodes de temps calme et ensoleillé plus fréquents. C’est un contexte qu’on retrouve davantage sur le sud-est de l’Europe (Balkans) mais cela n’exclut pas le risque de canicule pour le Nord-Ouest, même si ce risque est moins fort.


Sur un horizon moyen, quel scénario climatique suivons-nous ?

Il est difficile de dire quel scénario nous suivons, car il est complexe d’appréhender à la fois la trajectoire des émissions de gaz à effet de serre (GES) et l’évolution du climat récent, et d’en tirer des conclusions sur les décennies à venir. Il est important de se rappeler que le seul scénario climatique aujourd’hui sur la table des négociations est celui de l’accord de Paris. Cet accord vise la neutralité carbone en 2050. Pour arpenter cette trajectoire, il faudrait réduire d’environ 7 % nos émissions de CO2 globales par an. C’est à peu près l’impact qu’a eu la crise sanitaire. Il faudrait poursuivre de telles réductions jusqu’en 2050, sans pour autant réduire nos activités et notre économie. Ça donne une idée du défi qui nous attend.

Anomalie de température moyenne quotidienne : écart entre la période considérée et la période de référence [°C] , selon trois scénarios de modification du bilan radiatif de la planète. Météo-France/CNRM2014 : modèle Aladin de Météo-France

Doit-on s’attendre à des vagues de chaleurs plus importantes dans les années à venir ?

Le recensement des vagues de chaleur depuis 1947 indique que la fréquence et l’intensité de ces événements ont augmenté. Elles ont été deux fois plus nombreuses au cours des 34 dernières années que sur la période antérieure. Les événements plus longs et plus intenses ont également été plus fréquents. Les trois vagues de chaleur les plus longues et les trois plus intenses se sont produites après 1981.

Quel que soit le scénario d’émission de GES envisagé, le réchauffement planétaire se poursuivra pendant plusieurs décennies et s’accompagnera de vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses. En France, leur fréquence et leur intensité devraient augmenter au cours du siècle, avec un rythme différent entre l’horizon proche (2021-2050) et la fin de siècle (2071-2100). La fréquence des événements devrait doubler d’ici à 2050. En fin de siècle, ils pourraient être bien plus fréquents qu’aujourd’hui, mais aussi plus sévères et plus longs, avec une période d’occurrence étendue de la fin mai à début octobre.  Le contrôle des émissions de GES sera déterminant pour leur stabilisation dans la seconde moitié du XXIe siècle.

Les vagues de chaleur estivales sont déjà plus fréquentes. Elles seront à l’avenir encore plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Les bâtiments agricoles devront s’adapter. ©Cath P.

Les hivers seront-ils plus doux ?  Y aura-t-il encore des gels de printemps ?

L’hiver 2019-2020 a été l’hiver le plus chaud en France depuis le début du XXe siècle. Les hivers plus chauds sont cohérents dans le contexte de changement climatique. Mais cela n’exclut pas qu’il y ait dans le climat futur des hivers froids, voire très froids, mais avec une probabilité moindre.

Les phénomènes de gelées de printemps ne sont pas exclus… Puisque la floraison et le débourrement apparaissent plus tôt dans l’année, le risque de gel à ces stades ne diminue pas.

Avec des hivers plus doux, le cycle végétatif de la vigne est avancé. Le réchauffement global n’élimine pas le risque de gel de printemps. ©Cath.P.

Doit-on s’attendre à des risques accrus de sécheresse ?

Les résultats des simulations mettent en évidence une augmentation continue des sécheresses du sol en moyenne sur le territoire métropolitain au cours du XXIe siècle. En fin de siècle, les scénarios s’accordent sur des projections du niveau moyen d’humidité des sols correspondant au niveau extrêmement sec de la période de référence 1961-1990. Toutefois, ces résultats présentent des nuances selon les scénarios et les régions considérés. L’aggravation apparaît moins forte sur les régions Méditerranéennes connaissant déjà une sécheresse des sols importante dans le climat actuel. Ce résultat est lié à l’utilisation d’indices locaux relatifs au climat actuel. Il ne signifie pas que l’humidité des sols sera moindre sur les régions Méditerranéennes mais que l’évolution de la sécheresse des sols pourra être la plus forte dans les régions aujourd’hui plus humides.

Indicateur sécheresse du niveau d’humidité des sols selon le modèle Isba pour un scénario d’évolution socio-économique intermédiaire.

La distribution des précipitations va-t-elle être modifiée ? Quelles conséquences sur les cultures ?

Quel que soit le scénario considéré, les projections climatiques montrent peu d’évolution des précipitations annuelles en France métropolitaine d’ici la fin du XXIe siècle. Cette absence de changement annuel, en moyenne, masque des contrastes régionaux et/ou saisonniers.
En Occitanie par exemple, il y aura plus de pluie en hiver, et moins en été et automne.

La saisonnalité des pluies pourrait défavoriser nettement les cultures nécessitant de l’eau en fin de printemps ou en été (par ex. le maïs), et avoir un impact moindre sur les blés d’hiver par exemple. Le besoin d’irrigation sera accru dans tous les cas : les plus fortes températures induisent davantage d’évapo-transpiration des sols et des plantes, donc un prélèvement accru de l’eau du sol.

Les calendriers de culture seront avancés dans le temps : la culture démarre plus tôt et finit plus tôt. Cela laisse place à des opportunités d’une seconde culture dans l’année, mais cela reste souvent théorique : la possibilité d’irrigation sera le vrai facteur limitant.

La gestion de l’eau pour l’irrigation sera d’autant plus complexe que les moindres précipitations neigeuses en montagne diminueront le stock d’eau qui forme le régime nival de printemps et début d’été et que les cultures auront des besoins accrus. Les capacités de stockage et l’efficience de l’irrigation seront à suivre de près.

La production des prairies sera différemment répartie au cours de l’année : plus tôt au printemps, un été sans production, un regain plus tardif à l’automne.

A haute température, la plante réagit de deux façons : dans un premier temps, arrêt de l’activité photosynthétique donc de la croissance de la plante ou du remplissage du grain (on parle alors d’échaudage), puis dans un second temps nécrose des tissus et mort de la plante. Il sera plus difficile d’adapter les cultures pour les plantes ayant un cycle long : par exemple les arbres. Ainsi la forêt est particulièrement vulnérable.

Le pâturage sera décalé au printemps et à l’automne. Il faudra prévoir des stocks d’aliments pour les bovins en été. Ainsi que des dispositifs de rafraîchissement des animaux (ventilateurs, abreuvoirs supplémentaires). ©Cath.P.

Météo-France travaille-t-il avec des agriculteurs sur cette question du changement climatique ?

Les données produites par Météo-France sont utilisées selon les préoccupations des agriculteurs (occurrence de gels tardifs, sécheresses etc..). Météo-France produit également des prévisions de données agricoles telles que la biomasse végétale des prairies.

Par ailleurs, l’établissement participe à des groupes de prospective du ministère de l’Agriculture et réalise des études sur des filières. Il intervient aussi auprès des agriculteurs, dans des formations en partenariat avec les chambres d’agriculture, les conseils départementaux ou les syndicats agricoles.

Enfin, d’autres initiatives vont se déployer dans les années à venir à destination des élèves de lycées agricoles.