24 juillet 2020
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Les solutions pour se protéger des vols sur son exploitation agricole

Face aux menaces de vols, les agriculteurs s'organisent, appuyés par la gendarmerie. Diagnostics de sureté sur la ferme et réception de SMS d'alerte peuvent permettre de prévenir des actes délictueux.
Par Hélène Claude, Publié il y a 4 mois à 08h07

« Aujourd’hui, on ne peut plus laisser sa tronçonneuse au pied de son chantier, et aller déjeuner. Sinon, à 14 h elle n’est plus là », déplore Jean-Philippe Granger, agriculteur à Notre-Dame de Sanilhac, et président de la chambre d’agriculture de Dordogne. Eleveur laitier sur 220 ha, il pointe des vols de matériels : batterie, outils, perceuse… Dans le département voisin des Landes, « des agriculteurs se sont fait démonter des pivots d’irrigation pour revendre en ferraille », ajoute Jean-Philippe Granger. Pour lui, une recrudescence est visible « depuis cinq ou six ans ». Comme le rappelle la cellule Demeter, créée fin 2019 pour mieux lutter contre les atteintes au monde agricole, les vols touchant les fermes suivent une logique saisonnière, avec des pics au printemps et à l’été. « Après, il y a eu moins de vols dans les fermes avec le confinement », note Jean-Philippe Granger.

Hangars ouverts, animaux dans les prés, localisation isolée… Difficile de rendre inviolable une ferme. Pour accompagner les agriculteurs, entre autres, la gendarmerie a mis en place des cellules de prévention technique de la malveillance, avec des référents sureté. « L’objectif, c’est de donner des conseils pour mieux protéger les exploitations », résume James Piton, référent sureté à la gendarmerie de Nantes (Loire-Atlantique).

Identifier les points faibles

Plusieurs niveaux d’intervention sont proposés, de conseils oraux à des études approfondies de site. James Piton, en lien avec la chambre d’agriculture et les syndicats, intervient pour des présentations collectives, et dans les exploitations. « Sur site, on identifie les points forts et les points faibles, et on donne des outils, explique le référent sûreté. En général, les points faibles chez les éleveurs ce sont les animaux, et chez les maraîchers le matériel. On voit aussi des vols de pièces métalliques, par exemple des raccords d’arrosage. Le métal est ensuite revendu à des grossistes ». Ces services sont gratuits, et James Piton encourage à se rapprocher de la gendarmerie locale ou de la chambre d’agriculture.

Prendre les numéros de plaque d’immatriculation

Il conseille, quand les animaux ne peuvent être gardés dans des bâtiments fermés, d’éviter les pâtures où il est facile de charger les animaux dans un camion, et de les regrouper dans la mesure du possible près de la ferme. « Il ne faut pas hésiter à prendre le numéro de plaque d’une voiture semblant être en repérage, et à nous le communiquer », ajoute James Piton. Les vols de carburant sont aussi fréquents. « Evitez de mettre la citerne dehors », préconise le référent sureté. Quant aux vols de GPS, « ils ont commencé il y a deux ans. L’idéal, c’est de l’enlever, car fermer la cabine à clé ne suffit pas forcément, les portes peuvent être forcées ». En amont, les gendarmes ont contacté les fabricants, pour leur expliquer l’intérêt de rendre le dispositif amovible. Pour aller plus loin, des dispositifs de détection peuvent être installés : alarme avec détecteurs de présence, photographie à la détection de mouvement avec envoi immédiat sur smartphone, vidéoprotection couplée avec un dispositif d’éclairage…

Caméras de vidéos surveillance sur smartphone

En Dordogne, Jean-Philippe Granger a mis des caméras, avec accès aux images sur smartphone. Et depuis début 2020, il est adhérent au dispositif départemental Prévention-Entreprises24, issu d’un partenariat entre les chambres de commerce et d’industrie, des métiers, d’agriculture, la préfecture, la gendarmerie nationale et la police nationale. Quand un acte de délinquance est commis, un SMS est envoyé aux personnes inscrites à proximité, décrivant les faits, le lieu et les renseignements connus sur le ou les auteurs. « Depuis janvier, j’ai reçu trois textos, fait part l’éleveur. Un pour un vol dans un commerce, et deux signalements de véhicules suspects ». 

Près d’un tracteur volé par jour
Fin 2019, à l’occasion de la création de la cellule Demeter, le ministère de l’Intérieur a publié les statistiques des vols. En 2018, 339 tracteurs ont été volés, en baisse en 2019, avec 318 entre janvier et novembre. Les consoles GPS sont aussi particulièrement visées, mais les vols en recul : 684 en 2018 contre 400 en 2019. Sur les 14 498 faits enregistrés l’an passé pour des atteintes aux biens dans le monde agricole (+ 1,5 % par rapport à 2018), deux tiers concernent des vols simples, en recul de 2,2 %.