03 août 2021
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Les promesses du maïs Shredlage sont-elles tenues ?

Par Sabine Huet, Publié il y a 3 mois à 12h08
les promesses du maïs Shredlage

Il paraît que le maïs ensilé selon la technique Shredlage apporte une meilleure valorisation de la ration et donc des performances laitières accrues. Que nenni. Selon les essais Arvalis, ni l’apport de fibres longues par le maïs fourrage, ni l’éclatement élevé des grains n’a d’incidence sur la production laitière et les taux.

Sommaire

  • Tester trois modes de récolte
  • Evolution dans le silo
  • Pas de bénéfice sur le lait

Quand du maïs est retrouvé dans les bouses, on pense gaspillage énergétique. Sur le terrain, l’éclatement insuffisant des grains de maïs est souvent mis en cause. Les constructeurs ont donc proposé des machines capables d’éclater plus fortement les grains tout en restant sur des coupes courtes (12 à 18 mm). La technique Shredlage (1) tout droit venue des USA combine un éclatement intense des grains et une coupe longue des brins (20 à 30 mm). C’est le rainurage en croix des éclateurs, l’écartement réduit des rouleaux et un différentiel de vitesse élevé qui conduit au cisaillement des tiges, feuilles et épis.

Tester trois modes de récolte du maïs

L’éclatement du grain et la taille des brins ont-ils un impact sur la conservation de l’ensilage et sa valorisation par les animaux ? Sur les fermes expérimentales Arvalis de La Jaillère (44) et des Trinottières (49), les parcelles de maïs ont été ensilées en bandes alternées selon trois types de récolte : éclatement insuffisant et brins courts (modalité E-), éclatement optimal et brins courts (E+) et éclatement optimal brins longs (SCH). L’éclatement du grain est évalué avec le test CSPS. « Pour rester à moins de 3% d’amidon dans les bouses, le CSPS doit être proche ou supérieur à 70% », affirme Anthony Uijttewaal, ingénieur Arvalis.

Évolution dans le silo de l’ensilage maïs

À la récolte, les teneurs en MS des maïs étaient élevées (35,8 % et 38,5 %), un stade pour lequel le grain contient 50 % d’amidon vitreux. On pense souvent que le tassement du silo avec un ensilage brins longs est plus difficile. En fait, non. Les densités mesurées sur les silos des deux fermes sont identiques pour les trois types de récolte. Deuxième constat, entre brins courts (E+) et brins longs (SCH), il y a autant de particules de moins de 8 mm. « La différence se joue sur les fractions grossières de plus de 19 mm qui sont plus importantes pour le maïs en Shredlage au détriment des particules intermédiaires. »

Après six mois de conservation, le CSPS a progressé de 10 à 15 points pour l’ensilage E- et de 6 points pour les modalités E+ et SCH. « La friabilité des grains d’amidon évolue avec la durée de conservation, d’autant plus que le niveau d’éclatement initial est faible. » L’ensilage s’est donc amélioré dans le silo au fil des mois. Quant au profil fermentaire des fourrages (pH, acides, alcools, ammoniac), la technique de récolte n’a eu aucune incidence.

Pas de bénéfice sur le lait avec le Shredlage

Six lots de 20 animaux ont été nourris avec les trois types d’ensilage conservés six mois. Les rations identiques en énergie et protéine, contenaient 67% ou 72% MS de maïs ensilage, un fourrage grossier (enrubannage ou paille) et du tourteau de colza. « On a maximisé la part de maïs pour extrémiser les effets. » Les rations ont été sécurisées avec moins de 23 % de la MS ingérée en amidon et plus de 19 % de cellulose brute. Résultat des essais : les performances zootechniques sont équivalentes. Aucune différence statistique sur la matière sèche ingérée, la production de lait brut et les taux TB et TP. tableau « Ni l’apport de fibres longues par le maïs fourrage, ni l’éclatement du grain n’ont de répercutions sur la production laitière. Cela corrobore les résultats d’essais obtenus aux USA et en Allemagne. » Rechercher une coupe longue pour favoriser la rumination n’est donc pas une solution pour mieux valoriser le maïs ensilage. « Cela peut même s’avérer contre-productif, les vaches pouvant trier les particules de la ration.« 

Dans ses essais, Arvalis ne relève pas de différences de performances laitières avec des rations à base de maïs ensilage récolté en brins longs ou courts, avec un éclatement des grains faible ou optimal.

Quant aux teneurs en amidon dans les bouses, elles étaient du même ordre dans les trois modalités (moins de 4 % de la MS). « Malgré le niveau d’éclatement insuffisant du E-, aucun grain n’était intact, ce qui a favorisé l’évolution de l’amidon en fermentation et sa valorisation par les vaches. » En revanche, la digestibilité de l’amidon est meilleure pour les animaux du lot E+ par rapport à ceux du lot E-. « Les vaches valorisent mieux le maïs ayant un niveau d’éclatement élevé sans pour autant produire plus de lait ou de meilleurs taux. » Ce qui est sûr, c’est que la qualité de l’éclatement du grain reste primordiale, surtout en cas d’ouverture précoce de silo et de maïs récoltés à des stades tardifs. « Tous les grains doivent être éclatés pour éviter de les retrouver, non digérés, dans les bouses. »

fourrage maïs
Ni l’apport de fibres longues par le maïs fourrage, ni l’éclatement du grain n’ont de répercutions sur la production laitière.

(1) Et aussi DuraShredder, Scherer Twin Cut…