31 octobre 2020
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La vérité sur l’affaire glyphosate !

Par Perrine Hartmann, Publié il y a 1 mois à 09h10

Le glyphosate est l’herbicide le plus vendu au monde avec plus de 800 000 tonnes utilisées chaque année dont près de 8 000 en France.  C’est surement ce statut qui lui a valu d’être au cœur des débats politiques, scientifiques et même des repas familiaux dominicaux depuis 2017. Cette date marque le début de l’histoire puisque c’est à ce moment que le Président Emmanuel Macron a annoncé que le produit serait interdit d’utilisation en agriculture à partir de 2021 (interdiction pour les espaces publics depuis 2017 et interdiction de vente aux particuliers depuis 2019). L’interdiction totale ne se fera finalement pas en 2021, le Président ayant annoncé en ce début d’année qu’il ne serait pas possible pour la France de se passer à 100% de cet herbicide en si peu de temps par manque, notamment, d’alternatives.

Dans cette histoire aux multiples rebondissements, la parole fut donnée aux agriculteurs le temps d’un été (2019) via une enquête(1) mise en ligne et mené par un collectif d’institut (ACTA, ARVALIS, FNAMS, ITB et TERRES INOVIA) dans le but de connaître les usages du glyphosate et de recueillir les avis des utilisateurs : plus de 10 000 agriculteurs ont répondu. Les résultats de cette enquête ont été publiés en avril 2020.

Des agriculteurs en grandes cultures encore majoritairement utilisateurs, mais sur de faibles surfaces

Dans ce questionnaire, les bassins céréaliers sont majoritairement représentés : 70,3% des répondants en production végétale et 27,1% en système polyculture élevage. Les cultures ou élevages spécialisés sont moins bien représentés (environs 3%).

Selon l’enquête, 94,8% des agriculteurs utilisent du glyphosate dont 55% de manière régulière (on entend par là chaque année) et 40 % de manière plus occasionnelle. Ils sont donc aujourd’hui seulement 5,2% à ne plus en utiliser ou à n’en avoir jamais utilisé et sont pour la majorité en agriculture conventionnelle (59,8%), le restant étant des agriculteurs en agriculture biologique ou en cours de conversion, qui, de fait, ne peuvent pas en utiliser.

Le constat est donc là, près de 95% des agriculteurs répondants ont recours au glyphosate. Cependant, lorsque l’on inclut la notion de surfaces traitées, l’utilisation de l’herbicide devient plus ponctuelle. En effet sur les 94,8% agriculteurs ayant répondu qu’ils utilisaient du glyphosate, 55% annoncent qu’ils en utilisent sur moins de 33% de leur SAU et à l’inverse, ils sont moins de 20% à l’utiliser sur plus de 66% de leur SAU.    

Pour quelles utilisations du glyphosate ?

Toujours selon les répondants, le glyphosate est principalement utilisé pour gérer les vivaces et les intercultures longues ou courtes mais également pour entretenir les bords de ferme.

Usage du glyphosate en fonction des divers usages autorisés (Source : Enquête inter-instituts 2019 sur l’utilisation du glyphosate en grandes cultures menéeActa, Arvalis-Institut du végétal, Fnams, ITB,Terres Inovia
[enquête 2019 publié en avril 2020])

Deux profils se distinguent sur l’utilisation du produit en Grandes Cultures : les agriculteurs en base labour semblent utiliser du glyphosate sur des surfaces limitées, à des doses élevées mais à une fréquence occasionnelle (1 année sur 3). A l’inverse, les agriculteurs en base non labour, l’utilisent sur des surfaces plus importantes, à des doses plus faibles mais à une fréquence plus régulière (tous les ans).  

Les utilisations en lien avec l’élevage (ex : destruction de prairies) ou les cultures spécialisées sont peu mises en avant dans cette étude au vu du profil des répondants, exerçant majoritairement sur des exploitations de Grandes Cultures.

Quelles alternatives ?

Pour les non-utilisateurs (dont 60% sont en agriculture conventionnelle et 40 % en agriculture biologique ou en conversion) le levier agronomique qui a été cité le plus de fois et donc jugé comme le plus intéressant pour pallier au glyphosate, est la pratique du faux-semis, suivie ensuite d’autres leviers tels que la couverture du sol en interculture, le travail profond du sol ou encore l’allongement des rotations.

A contrario, les leviers agronomiques qui n’ont pas été jugés moins pertinents sont les couverts permanents ou l’absence de couverts à l’interculture et le recours à d’autres herbicides (leviers non applicables pour ceux en agriculture biologique).

Pour les utilisateurs de glyphosate, la réflexion sur les alternatives est beaucoup moins aboutie : 77,5% des répondants n’ont pas encore identifié d’alternatives.

Enquête inter-instituts 2019 sur l’utilisation du glyphosate en grandes cultures
(source : Acta, Arvalis-Institut du végétal, Fnams, ITB,Terres Inovia [enquête 2019 publié en avril 2020])

Cependant, ces utilisateurs ont réfléchi à la problématique, au moins le temps du questionnaire, et le principal levier qui ressort est l’augmentation de la fréquence et du recours à des outils mécaniques (labour, faux-semis, désherbage mécanique, déchaumage…). Ils sont également nombreux à se dire qu’ils vont trouver d’autres herbicides et modifier leurs programmes. Puis, de manière plus réservée, vient la modification de la rotation.  

Les leviers qu’ils ne souhaitent pas mettre en place sont de réintroduire une jachère dans la rotation, de réduire leur surface travaillée ou d’embaucher du personnel. Pour la majorité (74,5%), ce retrait ne sera pas l’occasion de passer en système biologique.

En résumé, il n’y aura pas une seule alternative valable pour tout le monde. Les agriculteurs répondants soulèvent qu’ils devront cumuler plusieurs leviers agronomiques et repenser les stratégies à l’échelle du système. Une grande partie des leviers agronomiques ciblés tournent autour du travail du sol et, pour se faire, la majorité des répondants (67%) estiment qu’ils devront se rééquiper. De ce point découlent des freins économiques, sociaux et environnementaux : des coûts d’investissements important, une réorganisation de la main d’œuvre avec une augmentation du temps de travail, au moins pendant la période de transition, et un bilan carbone qui peut se dégrader avec une augmentation de la consommation du carburant.  

Fin de l’article… mais pas de l’histoire !

Personne ne sait quand cette histoire prendra vraiment fin et quel en sera le dénouement. Ce sujet montre un changement radical dans le monde agricole et particulièrement dans le modèle français auquel on demande de revoir plusieurs de ces principes et de faire preuve d’une grande capacité d’adaptation. N’oublions pas que la France est une des principales puissances agricoles mondiales. Les agriculteurs français vont devoir tirer profit de ce statut de leaders et servir d’exemple dans la transition vers la 3ème voie de l’agriculture.

(1)Enquête inter-instituts 2019 sur l’utilisation du glyphosate en grandes cultures menée par ACTA, ARVALIS, FNAMS, ITB et TERRES INOVIA publié le 17/04/20 https://ecophytopic.fr/sites/default/files/2020-04/R%C3%A9sultats_enqu%C3%AAte_glyphosate_2019.pdf