15 janvier 2020
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Interdiction du glyphosate : des pistes pour maîtriser ses couverts permanents

Des solutions agronomiques et mécaniques s’esquissent pour capitaliser les bénéfices de la couverture permanente des sols, tout en maîtrisant les couverts, les adventices et la fertilité. La bineuse Roll’n’Sem joue sur un effet de ripage. Pareillement, Eco Mulch a testé son système de mini-tondeuse avec Arvalis. Petits tours des solutions existantes pour se passer du glyphosate.
Par Sabine Huet, Publié il y a 2 ans à 15h01
Broyeur Gaïa © Arvalis

Structuration du sol par la colonisation racinaire, préservation de la vie biologique des sols, prévention de l’érosion, diminution des risques de lessivage des éléments fertilisants, limitation de l’évapotranspiration, séquestration de carbone, enrichissement du sol en matière organique, contribution à la fertilisation, aide à la maîtrise des adventices et de certains ravageurs : les couverts végétaux sont parés de nombreuses vertus. D’où la volonté de les maintenir en place et en vie du 1er janvier au 31 décembre. Problème(s). Trop poussants, ils peuvent concurrencer la culture de rente. Trop chétifs, ils laissent le champ libre aux mauvaises herbes, que ni la mécanique, ni la chimie ne peuvent discriminer.

Des bineuses à effet de ripage

Dans ce dernier cas de figure, et plus précisément sur mulch, Comin Industrie estime avoir trouvé la parade. Le fabricant propose des bineuses Roll’n’Sem. Elles sont constituées de disques de 300 mm de diamètre, épais de 10 mm, espacés de 5 cm, montés par paire sur un bras, dotés d’un angle de 30° par rapport au sens de l’avancement et disposés sur deux rangées à l’angle d’attaque inversé. « L’outil reproduit l’effet de ripage des roues de tracteur en tourière », explique son concepteur Denis Vicentini, ingénieur en mécanique et agriculteur. « Les disques roulent sur le paillage sans travailler le sol et donc sans risquer d’induire des levées. L’efficacité herbicide s’opère à deux niveaux : les disques parviennent à déraciner de jeunes adventices, y compris des graminées. Les mauvaises herbes plus développées sont quant à elles écorchées sur toute leur longueur, ce qui finit par les faire mourir sinon à les affaiblir ». Le constructeur, qui a réalisé des essais probants dans plusieurs configurations, devrait commercialiser les premiers exemplaires en 2020, en 5 ou 6 m repliable, avec guidage par caméra. Le caractère potentiellement escamotable des bras permettra de s’adapter à différents inter-rangs. Le passage en plein est aussi envisageable.

Bineuse Roll’n’sem dans un champ de maïs © Laurie Bounhoure / Alpad Landes

Des espèces distinctes semées en ligne

Un autre constructeur est aussi à la manœuvre dans un autre contexte : il s’agit d’Eco-Mulch associé à Arvalis dans le cadre d’un essai inaugurant un tout nouveau concept de couvert implanté en interligne, y compris en blé à 30 cm d’écartement, et maîtrisé au long cours via des mini-tondeuses fixées sur le porte-outils Gaïa. « D’ordinaire, les agriculteurs font des cultures associées en mélangeant les espèces », explique Régis Hélias, ingénieur et animateur en agriculture biologique. « Dans notre essai, on a séparé les espèces dans l’espace pour les semer en ligne et s’offrir ainsi la possibilité de les maîtriser, moyennant une solution de tonte localisée fournie par Eco-Mulch et un système de guidage par RTK, autorisant la répétitivité des passages sur plusieurs années. Dans l’essai, la luzerne fait office de couvert entre des rangs de tournesol, puis de blé tendre ou de blé dur deux années successives. En année 3, de nouveau du blé tendre ainsi que du blé dur ont été implantés, enregistrant des rendements respectifs de 40 q/ha et 32 q/ah et teneurs en protéines de 11,2% et 13,3 % « sans aucun apport d’engrais organique », précise Régis Hélias. Précision : l’essai est conduit en bio.

Broyeur Gaïa © Arvalis

Une solution bio adaptable au conventionnel ?

L’expérimentation conduite par Arvalis ouvre une brèche dans une des branches de l’agriculture de conservation, à savoir celle qui vise à maîtriser des couverts vivants douze mois sur douze, donc sans recourir au glyphosate. Autrement dit en bio. Une quête à laquelle s’attellent de nombreux agriculteurs ici ou là, à titre individuel sinon au sein de collectifs (GIEE…). Inutile de dire que le retrait programmé du glyphosate renforce l’intérêt et l’acuité de tels travaux. Le défi n’est pas gagné. La portée de l’essai d’Arvalis a en effet ses limites, au premier desquelles figure l’écartement entre rangs (30 cm) ainsi que la résurgence de céréales à paille dans la rotation. « Nous n’en sommes qu’au début de l’histoire », commente Régis Hélias.