16 avril 2020
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Des insectes qui désherbent au service de l’agriculture

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Et si les insectes mangeaient les mauvaises herbes et travaillaient pour les agriculteurs ? Cette question se pose peu en France et en Europe, pourtant de nombreux pays du monde font appel à ce mode de lutte biologique. Les insectes seraient donc une des solutions du désherbage alternatif de demain. René Sforza, chercheur à l’European Biological Control Laboratory, en est convaincu. Les insectes pourraient être une alternative, parmi d’autres, au glyphosate.
Par R. S.A., Publié il y a 8 mois à 06h04

La phytophagie est la consommation d’un organisme végétal par un organisme animal, chlorophyllien ou ligneux. « Les insectes consomment beaucoup de choses et notamment des végétaux. Sur les plantes où ils vivent et se reproduisent, ils s’attaquent ainsi aux parties aériennes comme les graines, le système racinaire ou les feuilles », explique René Sforza, chercheur à l’European Biological Control Laboratory. Concrètement, les insectes peuvent désherber et devenir l’allié d’une agriculture plus durable. Le scientifique les assimile à des « désherbants naturels ». Ces derniers peuvent ainsi permettre un contrôle biologique des adventices.

Une efficacité des insectes phytophages pour lutter contre l’ambroisie

René Sforza préfère évoquer les plantes invasives, plutôt que de mauvaises herbes. Celles-ci ont généralement été introduites sans leurs ennemis naturels. C’est le cas de l’ambroisie, originaire d’Amérique du Nord. Une petite chrysomèle parvient cependant à consommer la partie foliaire. « Ce coléoptère est présent dans plusieurs pays européens, mais pas encore en France. Peut qu’un jour, l’insecte arrivera naturellement… » Pour le chercheur, l’introduction volontaire d’insectes phytophage est donc une piste à ne pas négliger.

Insectes phytophages : une pratique méconnue en Europe

L’utilisation d’insecte pour désherber reste, cependant, une pratique méconnue en Europe. Le vieux continent est peu impliqué dans ce type de lutte, selon le scientifique. René Sforza travaille d’ailleurs pour un laboratoire américain. « On ne parle pas de cette technique en France car elle n’existe pas. Nous avons pourtant des espèces invasives, un tiers de la flore est exotique. Au Canada, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis ou en Afrique du Sud, cette lutte biologique existe depuis une centaine d’années ». L’Europe a relâché ses premiers insectes à partir de 2009. Des essais ont été réalisés en Angleterre et au Portugal, mais rien en France. Les premières expériences d’introduction d’organisme phytophages datent du XIXe siècle. Une cochenille avait été relâchée dans le sud de l’Inde puis au Sri Lanka.

« Pas de danger écologique » selon René Sforza

Cette pratique nécessite d’être encadrée, mais ne représente pas de risque écologique. « Si le danger existe, il reste moins élevé que pour les produits phytosanitaires. Nous sommes vigilants car les insectes peuvent se nourrir d’autres plantes et réduire la biodiversité. Nous le testons en amont. Autre risque : les insectes disparaissent ou n’assurent pas leur rôle pour contrôler les mauvaises herbes. Ce cas de figure n’est pas grave. Il faut raisonner le rapport coût/bénéfice. En lutte bio, on ne joue pas à l’apprenti sorcier ». Toujours selon le chercheur, une étude mondiale montre que 99 % des cas d’introduction n’ont causé aucun problème depuis 140 ans. Afin d’éviter la destruction de plantes cultivées, des études sont réalisées 5 à 10 ans avant pour s’assurer de l’innocuité de l’insecte introduit. Des tests sont menés en laboratoire ainsi que dans des serres de confinement. Objectif : vérifier que l’insecte relâché ne provoque pas d’effets non-intentionnels. « On s’assure, par exemple, qu’il n’ira pas manger un blé, un maïs ou du tournesol… » Pour le chercheur, le risque de ne pas tenter cette lutte biologique serait « plus dommageable à l’écosystème que de ne rien faire ». Le coût des plantes invasives est, en effet, une charge importante pour nos sociétés.

Une alternative au glyphosate avec une combinaison de techniques

Si la piste des insectes phytophages est une piste à surveiller, elle ne sera pas la solution miracle. Cette lutte biologique s’inscrit donc dans une logique combinatoire. « La combinaison avec d’autres méthodes est naturelle. Je ne suis pas 100 % lutte biologique ou 100 % lutte chimique. Il faut analyser les cultures et les systèmes qui vont avec. Le désherbage mécanique ne doit pas être négligé. C’est donc une approche raisonnée qui doit s’appliquer », témoigne René Sforza. La confusion sexuelle peut aussi s’associer aux insectes phytophages. Le désherbage du futur s’appuie sur de multiples facteurs, pour permettre de s’émanciper du glyphosate.