06 janvier 2020
Partager l'article :

Hiver 2019-20 : Prévisions météorologiques et adaptations des itinéraires techniques

Après un automne particulièrement humide, Météo France indique dans ses prévisions à long terme, un début d’année 2020 s’inscrivant dans la continuité de 2019 avec des précipitations assez abondantes et de la douceur.
Par Alexandre Benoist, Publié il y a 1 an à 06h01

Une sortie d’hiver douce et assez humide

Dans ses prévisions à long-terme, Météo France table sur un hiver doux (+ 1,5°C par rapport aux moyennes en décembre, + 0,8 °C en mars). Quelques épisodes de gel et de neige ne seront pas à exclure, certes, mais principalement dans l’est du pays et sur les contreforts montagneux. Apportées par un flux d’ouest océanique, les pluies devraient être fréquentes et abondantes sur le pays, avec une plus grande variabilité autour de la Méditerranée (enchaînement de périodes sèches avec des périodes de pluies marquées). L’ensoleillement, timide, sera globalement inférieur aux normales de saison. La couverture nuageuse abondante devrait conduire à de faible amplitude thermique, avec des nuits douces et des journées qui peineraient à atteindre les valeurs de saison.

Quelles conséquences sur les céréales ?

Des cultures moins développées en sortie d’hiver

Avec les semis tardifs de l’automne 2019, un décalage des stades de développement des céréales est attendu. Un blé semé début décembre pourrait atteindre le stade épi 1cm avec 3 semaines de retard par rapport au blé habituellement semé début octobre. Par conséquent, il faudra observer le stade de la culture pour les interventions de sortie d’hiver et non intervenir à la date habituelle. Selon Visio-Crop, le déficit thermique du blé tendre, estimé au 1er mars 2020, varie entre -165 degrés-jours pour un quart Nord-Est, à -230 degrés-jours pour l’Aquitaine (3 semaines de retard).

Le développement des céréales avant montaison pourrait ainsi être limité, avec une production de talles moins abondantes, donc une sensibilité accrue au risque d’échaudage et de déficit hydrique en fin de cycle. Toutefois, les températures douces qui sont prévues devraient permettre aux cultures de compenser en partie leur déficit de tallage.

Conséquences sur le désherbage

La portance limitée de certaines parcelles à l’automne a pu conduire à des impasses au niveau du désherbage en pré-levée et/ou en post-levée. Dans ces situations et selon la propreté de la parcelle, une intervention précoce en sortie d’hiver pourrait être nécessaire pour gérer la flore adventice présente. Malgré cela, le potentiel de rendement pourrait être impacté de 10 à 20 q/ha. Compte tenu des prévisions humides, les conditions d’application des herbicides sont également à prendre en compte pour limiter les risques de lessivage et de ruissellement des produits. Pour les agriculteurs pratiquant le désherbage mécanique, ce dernier pourrait se révéler complexe si les pluies sont abondantes et fréquentes, car 1 à 4 jours sans pluie sont nécessaires après le passage pour éviter que les adventices s’enracinent de nouveau.

Gestion de la fertilisation azotée

Un cumul de pluie important au cours de l’hiver peut entraîner la lixiviation d’une partie de l’azote (ou du soufre) en profondeur, hors de portée des racines, surtout en situation de sols superficiels. Ces faibles reliquats azotés, couplés aux excès d’eau et au rayonnement limité qui sont prévus, risquent de ralentir le développement des cultures, surtout celles semées tardivement. Dans cette situation, un apport d’azote plus important en sortie d’hiver serait nécessaire pour maintenir le potentiel de rendement, surtout au moment où les besoins sont élevés pour la céréale en place. Ces besoins plus importants en fertilisation impliquent un fractionnement des apports, à raisonner selon la dynamique de la culture et la portance de la parcelle. A ce titre, si la culture est peu poussante et soumise aux aléas climatiques, il est préférable d’éviter un apport massif d’azote au stade épi 1 cm et de le reporter sur des apports plus importants en fin de tallage/début de montaison puis courant/fin de montaison. 

Colza associé : surveiller la destruction des plantes compagnes par le gel

Technique prometteuse pour améliorer la nutrition azotée et pour limiter les dégâts d’insectes à l’automne, l’association du colza avec des plantes compagnes représenterait aujourd’hui environ 30 % de l’assolement total du colza en France, selon Terres Inovia. Une des limites de cette technique réside dans la destruction du couvert en sortie d’hiver. En l’absence d’épisodes de gels marqués, certaines plantes compagnes, comme la féverole, ne sont pas systématiquement détruites. Afin de ne pas impacter le rendement et la qualité de la récolte, et si l’absence de gel annoncée par les prévisions était confirmée, il pourrait s’avérer nécessaire de détruire le couvert par un passage d’herbicide spécifique, surtout sur les parcelles où la biomasse des plantes compagnes est faible.

Du côté des ravageurs, des comptages de larves de grosses altises (Berlèses) pourront être réalisés en janvier sur les parcelles présentant des infestations moyennes à importantes. Ces suivis permettront de mieux caractériser les populations larvaires en sortie d’hiver et d’évaluer la nécessité d’une intervention insecticide.