02 juillet 2020
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Elevage bovin, comment améliorer les conditions de travail grâce à l’équipement

Un équipement adapté peut permettre d’améliorer ses conditions de travail, en particulier réduire le travail d’astreinte, gagner en souplesse ou améliorer l’ergonomie et le confort dans les différentes opérations. Par ce biais, l’équipement peut aussi contribuer à améliorer l’attractivité du métier, dans un contexte où le renouvellement des générations et l’embauche de salariés sont de plus en plus difficiles pour le secteur.
Par Mathilde Kiener, Publié il y a 1 an à 09h07

L’offre est aujourd’hui variée et les innovations nombreuses, alliant l’utilisation de robots à des capteurs ou technologies de traitement des données. Le point sur la situation, avec les incontournables et les innovations du moment.

Les équipements « classiques » : traite, alimentation, nettoyage et contention

Les robots de traites constituent sans doute l’exemple le plus frappant de développement d’un équipement d’automatisation des tâches. Ceux-ci ont ainsi vu leur utilisation ne cesser de croître depuis vingt ans. Tandis que 40 exploitations laitières en étaient équipées en 2000, plus de cent fois plus en possédaient en 2018. Ainsi, 8% des élevages français (5 573 fermes), représentant 17% du cheptel national, ont recourt à des robots pour effectuer la traite. Le développement ne cesse de se poursuivre : il est en effet estimé que 50 % des nouvelles installations de traite privilégient des robots.

source : idele – Institut de l’élevage

Au niveau des outils de traite, les innovations pour permettre de limiter la pénibilité de certaines tâches ont été nombreuses, et des solutions telles que le plain-pied, le décrochage automatique, les griffes légères, le double équipement, les barrières, le double lactoduc ou les systèmes de trempage automatique sont aujourd’hui bien diffusées dans les élevages.

En ce qui concerne l’alimentation, l’investissement dans une mélangeuse peut permettre de réduire de manière considérable le temps dédié à ce poste. D’après des essais de l’idele en système bovin allaitant, la mélangeuse permettrait un gain de temps de près de 50% par rapport à une désileuse : tandis que 95 minutes étaient dédiées à l’alimentation (préparation + distribution) de 200 jeunes bovins avec désileuse (moyenne des données des réseaux d’élevage Inosys), 50 minutes étaient nécessaires avec mélangeuse. Cet équipement est en fort développement depuis une dizaine d’années dans les élevages de bovins lait et viande et même caprins. De même, les colliers d’alimentation ou les Taxilait pour les veaux sont des solutions pour limiter le temps de distribution.

D’autres innovations associées aux bâtiments, telles que des balayeuses pour le nettoyage et le paillage des logettes ou bien des cages de pesée automatique, ont pu voir le jour.

Les innovations du moment : des solutions aussi pour le pâturage

Les innovations ne se trouvent pas seulement du côté des bâtiments, mais peuvent aussi concerner la conduite du pâturage. Par exemple, des technologies de clôtures virtuelles sont aujourd’hui en développement et en phase de test en France. La solution norvégienne Nofence propose ainsi des colliers munis de GPS géopositionnant l’animal et le maintenant dans une zone de pâturage. Les colliers sont reliés à une application permettant de définir la zone allouée à l’animal et programmer ainsi l’envoi de signaux sonores et/ou électriques en cas de dépassement. Des tests sont en cours à la ferme expérimentale de Saint Hilaire-en-Woëvre, pour évaluer l’intérêt économique de l’outil et son impact sur l’activité de l’animal et son bien-être, certaines expérimentations en Irlande ayant en effet montré que le temps de pâturage des animaux pouvait en être affecté.

Toujours pour simplifier la conduite du pâturage, des systèmes d’ouverture automatique et programmée des barrières existent, tels que le Batt-Latch, une technologie néo-zélandaise distribuée par Paturvision. Des drones peuvent, dans certains cas, être utilisés pour surveiller voire rassembler les animaux au pâturage (en terrain escarpé par exemple). Un projet de recherche est actuellement en cours, pour utiliser des images satellites et drones afin d’estimer le volume d’herbe disponible sur les prairies d’une exploitation, et faciliter ainsi l’organisation du pâturage.

Le système Batt-Latch d’ouverture programmée des barrières ©Paturevision

Nouvelle innovation au bâtiment : les robots de paillage se perfectionnent, intégrant des technologies d’intelligence artificielle. On peut citer dans cette catégorie le Robot Sentinel 2 de Dussau Distribution, qui a été primé Sommet d’or 2019. Ce robot de paillage doté de caméras gère automatiquement l’épandage de litière et ajuste la distribution selon les données des capteurs embarqués (quantité de litière déjà en place, zones à privilégier, obstacles à éviter, etc). De même, l’offre en robots repousse fourrage tels que Lely ou Cow-Boy (start-up ALB innovation) s’est diversifiée, avec des robots de plus en plus autonomes et polyvalents.

D’autres services en fort développement sont ceux des outils de monitoring, utilisant des technologies de traitement de l’information associées à des capteurs de mesure des paramètres physiques, comportementaux, physiologiques ou de production des animaux. De nombreuses applications smartphone couplées à ces capteurs proposent aujourd’hui des systèmes d’alertes de détection des chaleurs, surveillance des vêlages, détection des troubles de santé ou pilotage de l’alimentation. Parmi les innovations, on peut citer les solutions de l’entreprise Medria, telles que Vel’Live (application de surveillance des vêlages Sommet d’or 2019) ou la start-up Lituus, créée en 2018, qui a récemment mis en production une technologie brevetée de colliers de détection de l’état de santé et de bien-être des vaches.

Enfin, côté reproduction, des mini-caméra pour faciliter l’insémination se mettent au point, avec par exemple la solution Eye breed de l’entreprise Axce pour les bovins, un dispositif permettant de s’affranchir de la fouille rectale.

Retours d’expérience : un investissement à bien dimensionner

D’après les utilisateurs, ces solutions d’équipement offrent un gain de temps et de confort certains. En particulier, certains constatent une meilleure souplesse du travail, avec des horaires moins fixes et astreignants et un ciblage possible des interventions de nuit.  D’autres évoquent une diminution du stress, l’observation couplée à des systèmes de monitoring permettant de mieux anticiper les opérations.

Cependant, l’utilisation de ces équipements peut nécessiter une certaine montée en compétence et dans certains cas entraîner un accroissement de la charge mentale de l’éleveur. Le remplacement de l’éleveur utilisateur de ces outils, peut par exemple s’avérer plus difficile. Il peut également être compliqué de faire le tri entre les différentes alertes des outils de monitoring, parfois nombreuses et génératrices de stress.

L’adéquation entre fréquence d’utilisation et gains attendus de performances et de confort de travail doit donc être bien évaluée pour effectuer le meilleur investissement. Certains éleveurs menant cette réflexion a posteriori, se voient d’ailleurs renoncer à certains équipements, car ceux-ci se sont avérés inadaptés aux dimensions de leur élevage, ou à leur vision de leur métier. Enfin, améliorer ses conditions de travail passe par une combinaison de solutions parmi lesquelles, outre l’équipement, on peut citer la simplification du système, la délégation de certains chantiers ou l’embauche de salariés.