17 juillet 2020
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Diversification : 7 points clés à connaître avant de se lancer dans le houblon

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Dans le sillage du développement des microbrasseries locales, des cultures de houblons se montent dans plusieurs régions françaises, éloignées du berceau alsacien. Zoom sur quelques caractéristiques de cette culture.
Par Cathy Pierre, Publié il y a 3 mois à 09h07

1 – Le houblon est une fleur

Botaniquement, le houblon correspond aux inflorescences (cônes) des plantes femelles de Humulus lupulus, plante vivace herbacée de la famille des Cannabacaes. A partir d’un rhizome coupé à ras chaque année, le houblonnier sélectionne au printemps quelques pousses, qu’il incite à croître le long d’un fil.  D’avril à juin, la plante pousse de plusieurs mètres (6 à 10 m). Quand elle est au maximum de sa hauteur, elle développe des branches latérales, sur lesquelles se situeront les fleurs. Entre fin août et fin septembre, la plante est récoltée entière. Les lianes passent ensuite dans une trieuse, qui sépare les cônes des tiges. Le houblon peut être commercialisé frais, mais le plus souvent il est séché dès la récolte (dans un séchoir à tiroirs), ou conditionné en pellets, prêts à l’emploi.

2 – Le « cépage » d’une bière

Le houblon est un ingrédient mineur en quantité, de la bière. Mais, il joue un rôle fondamental dans sa conservation et son goût.  Il existe 230 variétés de houblon dans le monde, avec des caractéristiques différentes. L’un des critères majeurs de distinction des houblons est leur taux d’acides alpha présents dans la résine portée par les fleurs (la lupuline). Généralement, les variétés se classent entre aromatiques, amérisantes et mixtes.

Les bières « légères » (pils) contiennent 50 g/hl  de houblon, alors qu’une IPA (Indian pale ale) en contient 300 g/hl.  Depuis plusieurs années, même si la consommation de bière dans le monde est stable, la « mode » est aux bières fortement houblonnées. Le marché mondial du houblon est donc en croissance.

Juste après la récolte, une trieuse à houblon sépare les cônes des tiges – ©Le champ du houblon

3 – Le houblon en France : un déclin, puis un renouveau

La France compte environ 500 ha de houblon. En 2019, le pays totalisait 60 houblonniers. 94 % de la production était située en Alsace, 5 % dans le Nord et 1 % dans le reste de la France. L’hexagone est un poids-plume face aux géants américain et allemand. Dans ces deux pays se situent les trois-quarts des 60 000 ha mondiaux.

Au début du XXe siècle,  plus de 4000 ha de houblon étaient cultivés en France. La culture a décliné au cours du siècle, jusqu’au choc de 2008.  La filière française (alsacienne) a failli disparaître, suite à la perte d’un très gros client brasseur.  Grâce à une diversification variétale et commerciale, les producteurs alsaciens ont remonté la pente. Ils sont aujourd’hui 42 coopérateurs, qui produisent sur un « modèle classique » à destination de nombreuses brasseries de type industriel. Le renouveau du houblon est surtout représenté par ceux que l’on nomme les néo-houblonniers. Cependant, le modèle alsacien évolue aussi, avec, par exemple, des conversions en bio.

4 – Des néo-houblonniers installés sur des petites surfaces

«  Les néo-houblonniers sont des producteurs qui ne rentrent pas dans les codes classiques de la production historique », présente Guillaume Calvignac, conseiller en agronomie à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. L’homme est également animateur technique du groupe «  Houblons Grand Ouest ». «  Ils sont installés sur des petites surfaces, de 1 à 5 ha, ne sont pas rattachés à une coopérative, et produisent dans des régions qui n’ont pas forcément de tradition houblonnière. Ils ne sont généralement pas issus du monde agricole ».

Matthieu Cosson (voir vidéo), à Bourgneuf-en-Retz (44), est l’un des pionniers français. Il a planté ses premiers houblons en 2016 et a obtenu son statut d’agriculteur en 2018.  Le nombre de ces néo-houblonniers va croissant. Ces nouvelles installations sont très liées au développement des microbrasseries. La France, pays qui n’a pas une tradition brassicole importante (contrairement à l’Allemagne, aux  Pays-Bas  ou à la Belgique par exemple), se retrouve de fait la championne européenne des microbrasseries.

En 2019, les syndicats de brasseurs enregistraient l’ouverture d’une microbrasserie par jour. Elles seraient autour de 1800 à 1900, avec toutefois 70 % des entités en dessous de 500 hl par an. Ces microbrasseries sont très orientées « terroir », et donc très demandeuses de houblon local. Selon les estimations, 85 % du houblon utilisé en France est importé.

«  Lorsqu’elles veulent du houblon bio, ces microbrasseries s’approvisionnent parfois en Allemagne ou Nouvelle-Zélande », poursuit Guillaume Calvignac. La pénurie en houblon bio est telle qu’il existe une dérogation temporaire pour incorporer du houblon non bio dans des bières AB.

Matthieu Cosson, à Bourgneuf-en-Retz, est l’un des pionniers parmi les néo-houblonniers français – ©Cath. P.

5 – Le houblon : une culture exigeante

« C’est le houblon qui donne le rythme. Tous les houblonniers le savent, c’est à l’homme de s’adapter à la plante, d’autant plus pour les néo-houblonniers. Presque tous sont en bio et ils doivent donc miser sur l’observation et la prévention. 

Avant mars, le houblonnier taille toutes ses anciennes souches à ras, de façon à ce que toutes les plantes démarrent en même temps.  La saison végétative commence vers mars, avec la mise au fil : le producteur sélectionne quelques lianes qui repoussent du rhizome, qu’il enroule dans le sens horaire le long d’un fil de coco tendu verticalement (2 à 3 plantes par fil). Tout au long des 4 mois que va durer la pousse verticale, le producteur ne va quasiment jamais cesser de « remettre les plantes sur leur fil ». Si le houblon perd son fil, « il perd du temps ». Le vent qui décroche les plantes est évidemment un ennemi du houblonnier. En revanche, le houblon supporte bien le gel et la neige…

D’autres ennemis sont le mildiou et l’oïdium. En bio, les seuls traitements curatifs sont à base de cuivre. Les pucerons et les araignées rouges peuvent aussi pénaliser la croissance de la plante. Les néo-houblonniers misent sur un équilibre global pour favoriser les auxiliaires.

Les sols les plus adaptés au houblon sont plutôt de nature argilo-limoneux. Mais la plupart du temps, les néo-houblonniers s’installent « là où ils ont pu trouver des terres »… Des engrais bio doivent être apportés au moment de la pousse, et l’eau est évidemment cruciale à cette période. Les pluies de juin 2020 ont d’ailleurs été fort bien venues.

La gestion de l’herbe est réalisée mécaniquement, avec plusieurs passages entre les rangs et des opérations de buttage/débuttage sur les souches. L’interrang peut être semé avec des espèces sélectionnées (féveroles plus graminées).

L’aspect d’une houblonnière change considérablement au cours de l’année. Ici, mi juin, les plantes n’ont pas tout à fait terminé leur pousse verticale – ©Cath. P.

6 – Le houblon se développe à l’Ouest

L’Ouest est particulièrement dynamique en matière d’installations de néo-houblonniers, et dès 2018, un groupe s’est monté, sous un statut associatif, « Houblons Grand Ouest », avec un accompagnement par la chambre d’agriculture des Pays de la Loire.  Depuis ce début d’année, ce groupe de 7 houblonniers, qui ensemble représentent 15 ha de houblon, a obtenu la reconnaissance officielle de GIEE ( Groupement d’intérêt économique et écologique). Des groupes de même type se constituent dans d’autres régions dynamiques, comme l’Occitanie ou l’Auvergne-Rhône-Alpes.

Grande avancée aussi au niveau national : la création d’une interprofession du houblon, Interhoublon, officialisée en février dernier.

7 – La culture du houblon demande un matériel spécifique

La culture du houblon nécessite un matériel spécifique (bras à disques, nacelles pour travailler en hauteur, semoirs adaptés, systèmes de récolte, trieuse à houblon…). En disposer hors de la région principale de production ne s’avère pas toujours simple.

Les premiers néo-houblonniers ont connu pas mal de difficultés, mais désormais le chemin est plus balisé pour les futurs candidats à l’installation dans cette production : le marché est toujours très demandeur de houblon local (et bio) et ils pourront bénéficier de la capitalisation des informations et des références techniques des groupes régionaux.

Le statut de GIEE, du groupe « Houblon Grand Ouest », permet d’organiser des actions collectives (formations, voyages d’études, expérimentations…) et d’accéder à des financements. Ainsi, les houblonniers du Grand Ouest ont financé l’achat d’une machine à pellets qui sera itinérante entre les exploitations. Les pellets de houblons sont en effet le mode de stockage et d’utilisation préféré des brasseurs. Ce sont d’ailleurs 35 brasseurs qui ont participé majoritairement à l’achat de la pelletisseuse, aux côtés de la région des Pays de la Loire et des houblonniers. Sur le plan commercial, la CAB (Coordination agrobiologique) des Pays de la Loire accompagne le groupe pour la structuration d’une filière bio régionale.

En matière technique, toujours dans le cadre du GIEE, des essais seront conduits notamment autour  d’un meilleur usage du cuivre, de l’utilisation d’extraits d’ail en traitement préventifs ou du choix des couverts hivernaux…