10 mai 2020
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Qu’est-ce qu’une démarche qualité filière, pourquoi s’engager et comment réussir ?

Lancées il y a déjà quelques années, les démarches qualité filières sont de plus en plus nombreuses et prennent un poids grandissant sur les marchés français. Aujourd’hui, ces démarches concernent l’ensemble des filières agroalimentaires.
Par Marion Letrillart, Publié il y a 8 mois à 18h05
©Cyrille Dupont

Comment peut-on définir une « démarche qualité filière » ?

C’est une démarche qui vise à améliorer la qualité des matières premières tout au long de la chaîne de transformation, de l’amont agricole jusqu’au transformateur. Pour l’amont des filières, la mise en place opérationnelle de celles-ci se traduit par la contractualisation de volumes avant semis, avec des exigences particulières qui peuvent être d’ordres qualitatif, environnemental, économique ou social.

Des démarches initiées à la fois par les acteurs publics et ceux du privé

Différents acteurs publics ou privés sont à l’origine de ces filières. Les acteurs publics ont déployé des signes officiels de qualité sur des produits, qui sont reconnus en Europe et/ou en France.

Aujourd’hui, l’Europe reconnait les AOP (Appellation d’Origine Contrôlée), les IGP (Indication Géographique Protégée), les Spécialités Traditionnelles Garantie (STG) et l’Agriculture Biologique (AB).

Quant à la France, elle reconnait la certification de conformité, le Label Rouge (400 références de Label Rouge homologuées, toutes filières confondues), la Haute Valeur Environnementale (HVE) ainsi que les normes NF 30 001 et ISO 14 001 (normes de l’AFNOR reconnaissant les bonnes pratiques agricoles ou le management environnemental).

Les acteurs privés, quant à eux, développent leur propre logo pour valoriser leurs filières : Demain la Terre, Bleu Blanc Cœur, Zéro résidu de pesticide, Charte Harmony pour Mondelez, Moelleux et responsable pour Harry’s, Filière préférence pour Nestlé, etc.

Une évolution florissante mais qui reste souvent cloisonnée par filière

Créées au début des années 2000 (Global Gap : 1997 ; CRC : 2000, HVE : 2007, Harmony : 2008), ces démarches connaissent une forte expansion ces dernières années. Les industriels les multiplient pour garantir une transparence sur les produits qu’ils mettent en marché. Ces mêmes démarches de filières ont aussi été plébiscitées comme une réponse adaptée aux problématiques posées lors des Etats Généraux de l’Alimentation (EGA). En effet, grâce aux primes reversées aux agriculteurs en échange du respect d’un cahier des charges spécifique, elles permettent de répartir la valeur ajoutée tout au long de la chaîne.

Aujourd’hui, par exemple, la filière CRC représente un volume de plus de 500 000 tonnes de blé récolté en 2019 (400 000 tonnes récoltées en 2018).  Pour les filières blé, cela représenterait aujourd’hui plus de 10 % du marché du blé meunier consommé en France. En parallèle, toutes filières confondues, 17 500 exploitations françaises ont obtenu une équivalence au niveau HVE 2. Si une telle dynamique est observable sur toutes les filières, elle reste cependant cloisonnée par segment de marché :  CRC et Harmony certifient les céréales, Global Gap certifie les légumes, Vergers Ecoresponsables certifie les pommes. Seules la norme ISO 14 001 et la certification HVE proposent des certifications environnementales à l’échelle de l’exploitation. Elles permettent donc de certifier tous les produits issus de ces exploitations.

En tant qu’agriculteur, pourquoi m’impliquer dans une démarche filière ?

Les démarches qualité proposent la plupart du temps une prime pour faire remonter la valeur créée par la démarche tout le long de la filière. Cette prime permet notamment de valoriser financièrement les efforts des agriculteurs pour produire une production de qualité. Ces efforts sont menés dans le cadre d’une démarche d’amélioration continue de la qualité de leurs productions, à l’aide de référentiels et de méthode d’identification de leurs leviers d’amélioration.

Benoit Letrillart, 59 ans, producteur de pommes de terre et d’oignons revient sur son expérience avec Global Gap : « Nos industriels nous ont demandé de mettre en place le référentiel Global Gap en 2013 avec une prime à la clé. Le premier audit n’a pas été facile mais il nous a permis de formaliser nos pratiques et d’apprendre sur les règles d’hygiène et de sécurité dans l’exploitation. Aujourd’hui, il n’y a plus de prime, c’est devenu un droit à produire. Je suis soulagé d’avoir saisi l’opportunité de m’y mettre en douceur quand c’était encore facultatif et valorisé ! »

La contractualisation des volumes avant semis (ou parfois seulement avant récolte) permet aux agriculteurs d’avoir une assurance de commercialisation des surfaces mises en cultures. Certains font même l’objet de contrats sur plusieurs années, ce qui permet à l’agriculteur d’avoir une visibilité à plus ou moins long terme sur ses ventes.

Quelques points de vigilance avant de se lancer

Les cahiers des charges et référentiels imposent généralement une traçabilité irréprochable et tenue à jour des opérations réalisées et des leviers mis en œuvre. Certaines démarches exigent également des obligations de résultats : la certification HVE requiert une baisse de l’IFT par exemple là où le Collectif Nouveaux Champs impose un résultat « Zéro résidu de pesticides ».

Comme dans toute démarche d’amélioration, une réflexion doit aussi être menée sur l’adéquation entre la valorisation (financière) et les efforts à mener pour l’obtenir.

Jean-Baptiste Gandon, 30 ans, agriculteur dans l’Aisne, revient sur son expérience avec les filières : « J’ai produit du blé pour un industriel sous contrat qualité, à partir de 2011 et pendant 6 ans. Cela m’a permis d’améliorer mes pratiques au quotidien. Je m’y retrouvais très bien économiquement jusqu’à ce que ce que le cahier des charges devienne plus contraignant et que la prime proposée ne couvre plus l’investissement nécessaires aux changements de pratiques demandés. Aujourd’hui, je viens de signer un nouveau contrat filière pour faire du pois protéagineux, cela dans le but de diversifier mon assolement tout en prenant moins de risques. Cela m’assure un débouché et la prime proposée semble attractive par rapport aux exigences demandées ».

Un autre point de vigilance est celui lié au temps de travail supplémentaire. En effet, l’audit et sa préparation peuvent être chronophages. Or, pour que ces filières restent des filières qualité d’excellence, il est nécessaire de les auditer régulièrement. Il faut compter en moyenne un audit par an pour chaque filière.

Enfin, il faut être conscient que les démarches qualité privées tentent d’avoir un approvisionnement non loin de leurs usines. Elles ne sont donc pas disponibles dans tous les territoires, ni chez tous les organismes stockeurs.