18 septembre 2020
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Crédits carbone en agriculture : 10 points à retenir

Depuis 2013, 13000 fermes d’élevage bovin se sont engagées dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La labellisation bas carbone, mise en place en septembre 2019, a permis à 391 exploitations d’élevage de s’engager dans la labellisation. Les producteurs de grandes cultures vont bientôt eux aussi pouvoir valoriser leurs pratiques grâce au Label Bas Carbone créé par le ministère de la transition écologique et solidaire (MTES) et de nombreux partenaires.
Par Julie Guichon, Publié il y a 1 mois à 17h09

Le climat, déclic dans la réduction des gaz à effet de serre

D’ici 2030, la France doit réduire ses émissions de GES de 40 % par rapport à 1990, année de référence. A la fin 2020, 450 millions de tonnes de carbone seront émises, soit 20 % de moins en 30 ans. « L’agriculture a un rôle à jouer, déclare Edouard Lanckriet, Manager Innovation, Territoires & Environnement chez Agrosolutions. Elle peut réduire ses émissions de CO2 et augmenter le stockage de carbone dans les sols. Mais pour cela, il lui faut des outils pour accompagner et financer le changement de certaines pratiques. C’est ce que nous travaillons avec l’ensemble des partenaires de la filière grandes cultures au sein de la méthodologie Label Bas Carbone. »

Un crédit carbone par tonne de CO2 non émise

A chaque tonne de CO2 (ou équivalent CO2) non émise dans l’atmosphère ou absorbée et stockée dans les sols, correspond un crédit carbone. Ces crédits sont obtenus grâce à l’amélioration de pratiques, répondant à des règles méthodologiques strictes. Ils sont calculés selon la propre empreinte carbone de l’exploitation agricole. Ils font l’objet d’échanges ou de transactions au sein d’un marché de compensation volontaire pour permettre aux entreprises de compenser leurs émissions résiduelles tout en finançant la transition bas-carbone de l’agriculture.

Un label pour les grandes cultures

Le label Bas Carbone (LBC) est un cadre de certification des réductions d’émissions de gaz à effet de serre réalisé volontairement et dans tous les secteurs d’activité. « Une méthodologie en grandes cultures est en cours de construction et devrait être prochainement déposée au ministère pour évaluation  puis application pour la fin 2020 », explique Edouard Lanckriet. « En grandes cultures, on estime que la moyenne de stockage de carbone dans les sols agricoles est de 1 T/ha/an, mais cela est très variable d’une exploitation à une autre, et peut varier de 0.5 à 3 T/ha/an selon les pratiques et le contexte pédoclimatique de l’exploitation.

La filière élevage a une longueur d’avance

Tandis que la méthodologie pour les grandes cultures est en cours de construction, celle des éleveurs est déjà certifiée depuis le 30 septembre 2019 sous l’appellation Carbon Agri. Rédigée par l’Institut de l’élevage en partenariat avec les acteurs de la filière élevage (CNIEL, INTERBEV, CNE) et I4CE, « cette méthodologie cherche à répondre aux problématiques des exploitants, explique Catherine Brocas, chef de projet évaluation environnementale à l’Idele, institut de l’élevage. Elle couvre un très large panel de pratiques bas carbone (gestion du troupeau, alimentation, gestion des surfaces et des intrants,…).Grâce à Carbon Agri, un projet collectif de réduction de carbone s’est mis en place. Il est porté par France Carbon Agri Association, créée par les représentants des éleveurs (FNPL, FNB, FNEC et FNO). Il est constitué de 391 exploitations d’élevage et de 22 porteurs de projets (coopérative, organismes de conseil…). D’une durée de cinq ans, ce projet prévoit une baisse de 71000 tonnes de carbone. »

Tous les ateliers construisent la référence de l’exploitation

Pour être éligible, le projet doit proposer un plan d’actions ou des leviers qui respectent des critères liés aux cahiers des charges de la labellisation. « C’est la somme de la mesure de l’empreinte carbone de tous les ateliers de l’exploitation qui sert de référence, précise Catherine Brocas. Cet indicateur est comparé à un scénario référent.»

Gérer l’azote pour limiter le carbone

« Pour réduire les émissions de GES des grandes cultures, nous étudions la diminution des apports azotés à travers l’implantation de légumineuses, la réduction des applications, les outils de modulation …, indique Edouard Lanckriet. En ce qui concerne le stockage du carbone dans le sol, il croît avec le rendement des cultures et est globalement lié à l’apport de biomasse dans les sols. Les études portent sur l’enfouissement des résidus de cultures, l’apport de matière organique ou l’introduction de prairies temporaires dans les rotations. »

Evoluer pour s’adapter

« Les méthodologies de calculs des crédits carbone sont régulièrement mises à jour, en assemblant les derniers résultats de la recherche. Au fur et à mesure de l’avancement des travaux, nous complétons les outils existants, comme cela peut être le cas avec la méthodologie Carbon Agri », commente Edouard Lanckriet.

Le label bas carbone, source d’une rémunération supplémentaire

En face de chaque offre de crédit carbone doit correspondre un financeur. L’objectif de la labellisation est la création d’une dynamique territoriale pour réduire les GES sans oublier de valoriser l’ensemble des acteurs concernés. Ce label offre la possibilité pour les exploitants d’une rémunération supplémentaire et complémentaire aux aides publiques.

Des appels à projets en cours

Un second appel à projet pour l’élevage est prévu d’ici l’automne 2020. Pour les grandes cultures, le projet Carbon Think développé par cinq partenaires (Agrosolutions, I4CE, TERRASOLIS, Planet A et l’INRAe), prévoit d’accompagner 100 exploitations agricoles de la Région Grand Est dans la démarche bas carbone. Ce projet permettra le déploiement d’outils numériques servant d’interface entre les agriculteurs et les financeurs.

Répondre aux nouveaux modèles sans pénaliser la production

« Nous évoluons vers des modèles économiques de l’agriculture qui intègrent de nouveaux leviers de rémunération de type « certificat environnementaux », comme ceux liés à la réduction des émissions de carbone ou au stockage de carbone dans les sols, rappelle Edouard Lanckriet. Plus l’agriculteur produit de biomasse, plus il génère de crédits carbone. C’est ce que nous défendons avec les acteurs de l’amont agricole. C’est une réalité physique et il faut veiller à ce que les crédits carbone ne soient pas instrumentalisés par certains projets politiques de baisse de la production. »