14 avril 2020
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Covid 19 : les Agrimen, ces nouveaux héros, vers la réconciliation entre consommateurs et producteurs ?

À ce stade, ce ne sont pas moins de 3,9 milliards de personnes qui sont confinées : soit la moitié de la population mondiale. En France, on revient à l’essentiel : (télé)travail, éducation et alimentation. L'alimentation est un bien précieux, cette période le rappelle à toutes et tous.
Par Ludivine Allardon, Publié il y a 8 mois à 06h04

La France tient le coup

Le 24 mars le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a parlé sur RMC et BFMTV de la « grande armée de l’agriculture française » en enjoignant les Français à la rejoindre et motivant 240.000 personnes à prêter main forte à ces nouveaux héros, ceux qui interviennent dans leur quotidien 3 fois par jour. Mais cette aide (quelques heures passées à aider à la récolte des asperges, par exemple) est aussi apportée, plus globalement, par l’acte d’achat, qui peut devenir une forme de remerciement pour l’agriculture française, celle qui a répondu présent en restant mobilisée plus que jamais sur le terrain.

Un test grandeur nature pour les circuits courts

Certes les demandes de drive ont explosé (de +60 à +100 % depuis le début du confinement) mais pour de nombreux Français qui font leur grande première en contexte de crise, l’expérience s’avère plus que décevante : créneaux rares, liste de courses vide à l’arrivée, choix limité… L’alternative ? L’ultra local !

Des produits de saison avec un minimum de contacts et de trajet, autant de critères que cochent les circuits courts. C’est aussi l’occasion de réaliser la proximité de paysans dans son environnement. Ne représentant en temps normal que 15% de l’approvisionnement alimentaire du pays, la période exceptionnelle constitue un véritable galop d’essai du circuit court dans sa capacité à approvisionner en volume les consommateurs.

« Notre chiffre d’affaires a augmenté de 66 % cette semaine et le panier moyen a augmenté de 27 %, indique Clémence Fernet, membre de la Ruche qui dit oui. »

« En temps ordinaire, on vend 90 paniers par semaine. Actuellement, on en est à 350 », explique Jade Rolée, accompagnante technique de la Chambre d’Agriculture qui accompagne le Drive fermier de Côte-d’Or.

Il y a un temps pour tout

Cette crise a permis de montrer aux consommateurs que le risque principal lié à l’alimentation n’est pas tant celui de l’empoisonnement mais surtout celui de la pénurie. Au moment de leur remplissage effréné de caddies, les applications type Yuka ou la lecture attentive de l’étiquette étaient loin d’être leur priorité.

Aujourd’hui profitons de cette pause bienvenue, cette parenthèse, et prenons toute la vitamine D de cette éclaircie. Réjouissons-nous de ces retrouvailles acclamées par plus d’un média, qui, il y a peu encore, étaient pourtant si vifs à dénoncer la profession. Et demain ? le débat autour des enjeux agricoles restera sans doute aussi animé, entre le risque de pénurie alimentaire expérimenté par la crise et l’expérience d’une décroissance à l’impact salvateur pour l’environnement. Quoi qu’il en soit, comme l’avait souligné Edgard Pisani, « le monde aura besoin de toutes les agricultures du monde pour nourrir le monde ».