03 janvier 2020
Partager l'article :

C’est l’hiver, sortez les couverts… végétaux !

Depuis 2012, dans les zones vulnérables, les couverts végétaux des sols est rendue obligatoire par la Directive Nitrates (91/676/CEE). Quand certains n’y voyaient qu’une nouvelle contrainte réglementaire, d’autres ont cherché à en tirer profit dès le début. Aujourd’hui, les intérêts agronomiques et environnementaux de la couverture du sol ne sont plus à démontrer.
Par Laurie Loillier, Publié il y a 2 ans à 08h01
© Fabien de Chavanes

Les couverts végétaux mis en place en inter-cultures peuvent être des Cultures Intermédiaires Pièges A Nitrates (CIPAN), des Cultures Intermédiaires à Vocation Energétique (CIVE) ou des cultures dérobées ; toute végétation développant de la biomasse consomme les nitrates présents dans la parcelle et protège mécaniquement le sol.

Le choix de la CIPAN est fonction de sa capacité à absorber et à restituer l’azote pour la culture suivante. Avant implantation de la nouvelle culture, la CIPAN est enfouie et constitue un apport de matière organique. La CIVE est exportée pour être valorisée en tant que combustible, ou bien méthanisée (en co-génération). Quant à elle, la culture dérobée est destinée à être valorisée en fourrage ou ensilage, des espèces à fort potentiel de production de biomasse seront alors envisagées.

Lutte contre l’érosion, stockage du carbone, etc. Quels bénéfices associés aux couverts végétaux ?

D’un point de vue environnemental, ces cultures constituent le levier le plus efficace pour limiter la pollution des eaux par les nitrates. Elles permettent aussi d’améliorer la qualité des sols via un enrichissement de la couche arable en carbone organique grâce à l’enfouissement des résidus. Elles contribuent à favoriser la biodiversité, à la fois végétale et animale (elle constitue un refuge pendant l’automne pour la faune, en particulier les petits gibiers). Sur le plan agronomique, la couverture du sol permet de lutter contre l’érosion des sols, améliorer leur structure, la vie microbienne et la quantité de matière organique des premiers horizons. Les couverts participent aussi à la fixation d’éléments minéraux comme le phosphore et la potasse. Cette combinaison de bénéfices peut avoir un effet positif global sur le rendement de la culture suivante.

D’après les travaux réalisés dans le cadre du projet de recherche VANCOUVER(1), présenté au COLUMA 2019 à Orléans, les couverts végétaux denses et étouffants présentent un intérêt sur le salissement des parcelles : l’effet du couvert est répressif sur les adventices. Cet effet est cependant fonction de sa biomasse, de sa composition et de la qualité de son implantation. Ainsi, un couvert peu étouffant, sans concurrence vis-à-vis des adventices, les laissera monter en graine s’il n’est pas détruit à temps. Cela contribuera alors à alimenter le stock semencier. Les couverts ne permettent pas à eux seuls d’assurer une régulation complète des adventices, il s’agit donc d’utiliser ceux-ci pour épauler d’autres pratiques permettant de limiter l’utilisation d’intrants. Attention néanmoins, la mise en place de ces couverts étouffant, s’ils limitent le salissement des parcelles en entrée hiver, n’a pas d’effet visible sur la culture suivante.

Réussir son couvert passe par un choix optimal des espèces

Sur le plan technique, les couverts végétaux ne présentent que des avantages ! Cependant, certaines conditions doivent être respectées pour les optimiser.

Tout d’abord, un semis rapide après récolte permet de profiter de l’humidité résiduelle pour une meilleure implantation.

Ensuite, le choix des espèces à implanter va être déterminant. Il convient de les adapter en fonction du rapport carbone sur azote du sol (C/N). Si celui-ci est élevé, des espèces produisant une biomasse avec un C/N moyen à faible sont à privilégier. En effet, celles-ci fourniront un humus labile, qui se minéralisera plus rapidement et sera plus facilement utilisable pour la culture suivante. A l’inverse, si le rapport C/N du sol est faible, il vaudra mieux opter pour un couvert C/N élevé, qui permettra d’enrichir le sol en matière organique durable.

Les associations d’espèces montrent des avantages, grâce à la combinaison de différentes caractéristiques : production de biomasse, port de la plante (dressé et ramifié), système racinaire (pivotant et fasciculé), etc. Cette complémentarité permet notamment de travailler plusieurs horizons du sol. L’introduction de légumineuses peut, elle aussi, être un plus via son apport d’azote pour la culture suivante.

Enfin, la destruction des couverts végétaux peut-être rendue difficile, en particulier pour l’agriculture de conservation des sols où le glyphosate (dont l’arrêt est programmé pour 2021) est l’un des piliers de la réussite. Le choix d’une espèce gélive peut donc être un critère important.

Les couverts végétaux, solution face au changement climatique
Aujourd’hui, l’agriculture est soumise à de fortes attentes sociétales et les exploitations agricoles cherchent à maintenir leur rentabilité tout en préservant l’environnement et la biodiversité. La communication positive auprès des consommateurs permet de sensibiliser les efforts engagés par les filières agricoles. Ainsi, de nombreuses pancartes fleurissent sur les axes routiers, notamment dans le nord de la France avec ce message : « En semant ce couvert végétal pour couvrir mes terres, je refroidis notre planète ! » sur une idée de Romain IOOS, responsable technique d’Unéal. D’autres initiatives, comme celle du Réseau Biodiversité pour les Abeilles, basé dans la Marne, mettent en avant l’intérêt des mélanges mellifères pour les pollinisateurs « Ici, je m’engage pour nourrir les abeilles ».

(1)Effet de l’introduction de couverts d’interculture sur les adventices : Analyse d’un réseau d’essais (Projet Vancouver)