22 juillet 2020
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Les nouvelles manières de consommer vont-elles durer après la crise du Coronavirus ?

Face à la crise sanitaire, certains agriculteurs n’ont pas été déboussolés et ont su s’adapter aux attentes des clients. Selon Peggy Bouchez, responsable du service alimentaire de la chambre d’Agriculture régionale de Normandie, une hausse des demandes de circuit court semblerait être d’environ moins de 20 %. « La consommation locale rentrera-t-elle dans les nouvelles habitudes et les emplois du temps ? » Il est encore un peu tôt pour se prononcer mais il y a fort à parier que certains y auront pris goût.
Par R. S.A., Publié il y a 2 semaines à 08h07
"un CA de 4 000€ /semaine. Depuis le déconfinement, il a baissé mais a quand même doublé comparativement à l’année dernière ! » explique Émilie. ©Bienvenue à la ferme

Quatre agriculteurs de Bienvenue à la ferme partagent leur expérience de circuit court pendant le confinement.

Thomas Paulmier, producteur de fruits et légumes de l’EARL Maison Paulmier (Yvelines)
Boris et Émilie Gryspeerdt, éleveurs laitiers et producteurs de glace de la Ferme Brie’zon la glace (Seine-et-Marne)
Mélanie Chardon, éleveuse de poules pondeuses en plein air de la Ferme des Galaches (Seine-et-Marne)

Entre opportunités et dommages, le confinement a été vécu différemment

« Depuis toujours en vente directe » comme Thomas Paulmier, maraicher à Orgeval, ou seulement depuis quelques années, le confinement a formé deux clans d’agriculteurs en circuit court. « La crise sanitaire a énormément impacté les circuits courts de manières différentes. Ceux qui s’en sont bien sortis avec leur localisation et les produits qu’ils proposaient. Ils ont également su s’adapter aux attentes des clients avec de nouveaux services comme la vente en ligne, les livraisons à domicile et les retraits de paniers. Plusieurs plateformes d’e-commerce ont fleuri. Il y en a des plus ou moins viables selon leurs compétences. On attend de voir celles qui tiendront la route. Par contre, ceux qui dépendaient des circuits de commercialisation, restauration collective et marchés, ont souffert. » déclare Peggy Bouchez, responsable de service alimentaire de la chambre d’agriculture régionale de Normandie.

Face à la situation particulière du confinement, les agriculteurs ont fait preuve d’adaptation. « On s’est adaptés au jour le jour : plus de volume, donc plus de gestion des stocks, plus de manutention, plus de présence sur nos points de vente pour servir et prendre en charge totalement le consommateur. Cette nouvelle organisation a demandé de nombreuses heures de travail, » raconte Mélanie Chardon. « Pendant le confinement, les livraisons représentaient une grande part de notre chiffre d’affaires. D’ailleurs, il a augmenté d’un tiers en avril – mai, » confie, de son côté, Thomas Paulmier.

« Le Covid n’a pas eu d’impact négatif, au contraire ! La demande a beaucoup augmenté ce qui a été bénéfique pour nous. » témoigne Thomas Paulmier. ©Bienvenue à la ferme

Une augmentation de 65 % en vente directe

À la ferme Brie’zon la glace, Émilie et Boris Gryspeerdt ont tiré profit de leur boutique malgré un manque à gagner de 6 300 € avec leur laiterie. « Pendant 3 à 4 semaines, notre laiterie partenaire nous achetait les 1 000 1 à 200 € au lieu de 350 €, » confie Émilie. Cependant, « le chiffre d’affaires de la boutique a augmenté. En 15 jours de confinement, l’augmentation du chiffre d’affaires en boutique était de 65 % ! Normalement, on constate une hausse de 8 % tous les 6 mois. Sur le mois d’avril 2020, nous sommes à environ 4000€/semaine. Depuis le déconfinement, il a baissé mais a quand même doublé comparativement à l’année dernière ! » explique Émilie. 

Émilie et Boris Gryspeerdt : « Pendant le confinement, la boutique a très bien fonctionné mais n’a pas rattrapé la perte en lait qui est énorme pour un petit producteur comme nous. » ©Bienvenue à la ferme

Vers un retour à la normale ?

« Les marchés reprennent tout doucement. Les livraisons continuent. On retombe dans les standards de chiffre d’affaires » indique Thomas Paulmier. Quant à Mélanie Chardon, « depuis début juin 2020, une baisse de chiffre d’affaires se fait ressentir mais tout rentre dans l’ordre avec un petit reste et de nouveaux clients liés au Covid. »

Des projets de vente directe qui restent faibles

De nombreuses réflexions et de futurs projets de circuit court ont germé pendant le confinement. « On a le projet d’ouvrir une boutique à la ferme avec d’autres producteurs. » confient Boris et Émilie Gryspeerdt. Du côté de la chambre d’Agriculture de Normandie, Peggy Bouchez constate « un peu plus de demandes de circuit court et diversification mais pas non plus une explosion. Il semblerait que le nombre de porteurs de projets en circuit court ait augmenté d’environ moins de 20 %. D’une année sur l’autre, il y a beaucoup de variabilité. On ne sait donc pas encore si cette très légère augmentation est liée ou non au coronavirus. » Parmi les différents profils de personnes accompagnées par la chambre d’Agriculture de Normandie, « celui des citadins, à la quarantaine, qui veulent vivre à la campagne, en plein questionnement et reconversion professionnelle, est de plus en plus présent sans que ça soit la majorité. Il y a 10 ans, il y avait deux ou trois demandes par an. Maintenant, on peut dire que ça a doublé mais attention, cela reste infime ! Ils ne représentent que 10 % des porteurs de projets, » souligne Peggy Bouchez.

« On espère avoir fait découvrir nos fermes à de nouveaux consommateurs et gagné leur confiance, » confie Mélanie Chardon. « La consommation locale rentrera-t-elle dans leur habitude et leur emploi du temps… à voir. » ©Bienvenue à la ferme

LA question sans réponse pour le moment : quelles habitudes de consommation dans le monde d’après ?

« Le confinement changera-t-il vraiment la manière de consommer ? Est-ce un simple effet de mode ou aura-t-il un réel impact ? » Voici les questions que tout le monde se pose mais aucun acteur de la vente directe ne se risque à faire un pronostic. Selon Thomas Paulmier, « beaucoup de consommateurs, qui n’avaient pas l’habitude de la vente à la ferme, se sont rendu compte de la qualité des produits et de leurs prix identiques, voire moins cher, qu’en grandes surfaces. »

« Contraints et forcés, les consommateurs se sont tournés vers le circuit court. Est-ce que ça va durer ? On l’espère ! Mais personne n’a la réponse, » remarque Peggy Bouchez. Cette dernière ajoute également un brin de positivité pour la vente directe « Je ne peux pas m’avancer car il est encore trop tôt. Néanmoins, un professionnel logistique du circuit court m’a confié qu’un certain nombre de consommateurs conserveront leurs nouvelles habitudes. On a le droit d’être optimiste ! »