08 juillet 2020
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Compact feeding : une ration humidifiée pour les vaches laitières

Une ration mélangée dans laquelle les vaches ne peuvent pas séparer la fibre du concentré : c’est le concept du compact feeding mis en œuvre depuis 5 ans par Seenovia. L’objectif est d’augmenter l’efficacité alimentaire et la productivité.
Par Paul Renaud, Publié il y a 4 mois à 09h07
© Emmanuel Lepage

En 2015, Emmanuel Lepage, responsable marché pole animal chez Seenovia, découvre le compact feeding. Cette technique consiste à homogénéiser le concentré et le fourrage dans un mix compact. Le but est d’optimiser l’ingestion, supprimer le tri à l’auge tout en diminuant la compétition entre les animaux dominants et dominés. C’est un éleveur hollandais installé dans la Sarthe, Hermjan Darwinkel, qui ramène ce concept en France après un voyage au Danemark. L’agriculteur en parle à son organisme de conseil en élevage. Seenovia prend alors le sujet à bras le corps et accompagne l’expérience sur cette exploitation. La technique est ensuite démocratisée auprès d’autres adhérents.

3 à 4 litres d’eau ajoutée dans la ration d’une vache laitière

Aujourd’hui, ils sont une cinquantaine à appliquer ce principe sur la ration du troupeau. « D’autres ont commencé à changer leur pratique, mais sans aller jusqu’au bout du principe du compact feeding. Certains ajoutent 3 à 4 l d’eau dans la ration pour l’homogénéiser. Comme c’est le premier ingrédient pour faire du lait, ça ne peut être que bénéfique. Des éleveurs ont également mis en œuvre un broyage un peu plus fin du fourrage » constate Emmanuel Lepage. Face à certaines situations d’échecs, le conseiller insiste sur la persévérance et la rigueur nécessaires pour atteindre tout le potentiel du compact feeding. La technique repose notamment sur une constance de la ration pour optimiser le fonctionnement des bactéries du rumen. « Sur une ferme où les salariés s’occupent de la mélangeuse, il faut être précis sur le processus. Sinon, on constate des à-coups d’une personne à l’autre, avec des variations de Ph dans le rumen. Tout l’intérêt de technique va être alors perdu » témoigne-t-il.

Hermjan Darwinkel : le pionnier du compact feeding en France
Sur la ferme d’Hermjan Darwinkel, le pionnier en France, la production de lait et les taux ont rapidement augmenté. L’éleveur perfectionne, chaque année, son système.

© Emmanuel Lepage

Une ration compacte : mode d’emploi

Concrètement, le compact feeding consiste à ajouter de l’eau à la ration avec une proportion d’un litre par kilogramme d’aliment pour homogénéiser l’ensemble. « Attention, cette quantité est indicative. Dans les faits, il faut bien peser la matière sèche. C’est ce critère qui sera déterminant. Sur des maïs ou de l’herbe à 30 % de MS, il faut apporter moins d’eau. Sous les 36 % de MS, le risque est de perdre en capacité d’ingestion » détaille Emmanuel Lepage.

Un ordre pour réaliser la ration

Pour que la ration soit bien homogène, elle doit être assemblée dans un ordre précis. Dans un premier temps, il est nécessaire de mouiller les aliments secs. Cette opération peut être très rapide lorsqu’ils se présentent sous forme de poudre, ou mettre plusieurs heures pour certains types de granulés. Le mélange entre ensuite en phase de structuration avec l’ajout des éléments fibreux, brassés pendant 15 à 20 min, et enfin du maïs ensilage. L’ensemble doit être broyé finement et distribué sans arrêter la mélangeuse. Si les vaches continuent de trier à l’auge, c’est que le mélange n’est pas suffisant.

Une recette en perpétuelle évolution

« Au Danemark, ils travaillent couramment de tourteau de soja ou de pulpe de betterave à faire tremper longuement. Mais ici, nous nous sommes dit pourquoi ne pas avoir recours directement à de l’aliment en poudre ? » se souvient le spécialiste nutrition chez Seenovia. Un autre critère a également permis de réduire le temps de préparation. La première année d’expérimentation, le maïs coupé à 14 mm devait passer de longues minutes dans la mélangeuse pour être broyé de manière adéquate. Suite à ce constat, l’ensilage a été réalisé avec une longueur de 5 mm dès l’année suivante, réduisant significativement le temps de préparation. La même recette a été appliquée pour l’ensilage d’herbe qui est récolté avec une longueur de 3, voire 2,5 cm. « Avec un aliment en poudre et un fourrage broyé finement au préalable, la préparation quotidienne du mélange est réalisée en 30 minutes » affirme Emmanuel Lepage.

© Emmanuel Lepage

Matériel adapté et mélangeuse hermétique

Cependant, les bons ingrédients seuls ne suffisent pas. Un matériel adapté est nécessaire pour se convertir au compact feeding. La mélangeuse utilisée doit être hermétique afin ne pas perdre d’eau. « Je n’ai pas encore vu beaucoup de matériel à pale. C’est une possibilité si le fourrage a été bien pré-broyé. Sinon, il faut une mélangeuse à vis avec des contre-couteaux efficaces pour bien recouper l’ensemble des fourrages grossiers » déclare-t-il.

L’importance d’une récolte propre

Après près de 5 ans de travail sur le compact feeding, Emmanuel Lepage insiste sur le soin à apporter à la récolte du maïs et de l’herbe. « Quand les Danois nous ont transmis leur méthode, nous étions très concentrés sur la réussite du mélange avant distribution. Avec l’expérience, nous nous sommes aperçus que la qualité du fourrage était au moins aussi importante » retrace-t-il. La récolte demande donc une attention particulière. La coupe, le silo et le bâchage doivent être soignés afin d’éviter tout risque d’échauffement. Des dispositions sont aussi à prendre lors de la distribution pour éviter une contamination avec des restes de mélanges plus anciens. « Il faut vraiment être très stricte sur la propreté des espaces bétonnés ou de la mélangeuse. Un reste de ration de la veille sur les vis représente une bombe à ensemencement et d’échauffement de la ration du jour » prévient le nutritionniste. Il émet également un point de vigilance sur le bicarbonate. Ce produit est à bannir du mélange car il y provoque une réaction exothermique. Celle-ci diminue l’ingestibilité. En cas de besoin, l’éleveur doit le distribuer en libre-service.