09 octobre 2020
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L’association avec une plante compagne augmente la résilience du colza

En France, aujourd'hui, 15 à 20 % des colzas sont menés en association avec une ou des légumineuses. La présence d'une plante compagne, ajoutée à une bonne gestion de l'implantation de la culture, permet de sécuriser le production de colza, surtout en conditions difficiles. Le point avec Gilles Sauzet, de Terres Inovia, l'un des meilleurs spécialistes des colzas associés(1).
Par Cathy Pierre, Publié il y a 3 semaines à 09h10
Comparaison en janvier, chez un agriculteur, d'une parcelle de colza associé à de la féverole (à gauche), avec une parcelle de colza seul (à droite). ©Gilles Sauzet, Terres Inovia

« Réussir un colza associé, c’est avant tout, réussir un colza ! », martèle Gilles Sauzet, ingénieur à Terres Inovia, l’institut technique des huiles et protéines végétales. Selon lui, l’association augmente la résilience du colza, surtout en conditions difficiles, mais « la plante compagne ne va pas régler toutes les difficultés ».

Des rendements en hausse de 10 à 15 % en colzas associés

Gilles Sauzet a acquis une partie de son expertise sur les colzas associés au cours d’une quinzaine d’années d’expérimentations. Elles ont été menées en conditions réelles de production, avec un groupe d’agriculteurs du Berry (15 agriculteurs, 275 parcelles suivies) (1) . Ces derniers voyaient, en effet, leurs rendements en colza stagner, malgré les progrès génétiques, et voulaient garder cette culture en tête de rotation. 

L’ingénieur les a accompagnés sur le long terme en menant des essais d’associations. Le groupe est ainsi passé d’une moyenne de rendements de 10 à 15 % (de 30 à 35 q en moyenne), et a largement augmenté ses marges brutes à l’hectare. Désormais, 15 ans après, plus aucune parcelle du groupe n’est en colza seul…

Adventices, ravageurs, densité racinaire et nutrition : de multiples effets positifs

« Le point-clé de la réussite du colza, c’est son implantation, puis sa dynamique de croissance », résume Gilles Sauzet. « L’enjeu majeur est d’avoir une levée suffisamment précoce de façon à obtenir des pieds vigoureux, une plante robuste capable de bien se comporter face aux bio agresseurs et d’exprimer son potentiel. Il vaut mieux privilégier une croissance dynamique et régulière tout au long du cycle avec des colzas non carencés d’un point de vue minéral ».

La présence de plantes compagnes joue sur au moins quatre leviers de cette dynamique de pousse : concurrence vis-à-vis des adventices, diminution des attaques de ravageurs, augmentation de la densité racinaire (aération du sol, meilleure minéralisation…) et amélioration de la nutrition, tous ces facteurs agissants eux-mêmes en synergie les uns avec les autres.

L’usage d’herbicide divisé par deux

L’association avec une légumineuse permet une meilleure couverture du sol, et donc une diminution de l’accès à la lumière des adventices, en particulier le géranium, le laiteron, les ombellifères, voire les graminées à levée plus tardive. « Le repère, c’est d’obtenir une biomasse (colza + légumineuse) de 1,5 kg/m2 à l’entrée de l’hiver », précise Gilles Sauzet. Cependant, cet effet ne fonctionne que si le semis a été réalisé sans mouvement de terre (semis direct, faible vitesse). Résultat : au cours des années, les agriculteurs du groupe ont divisé par deux leurs traitements herbicides (antidicotylédones en particulier).

La confusion des ravageurs : des insecticides divisés par quatre

L’effet de l’association sur les ravageurs, grosses altises et charançons du bourgeon terminal est un peu « la surprise » des expérimentations. La présence des légumineuses augmente le pourcentage de plantes saines (plantes sans aucune attaque début avril) et permet d’atteindre plus souvent le seuil de 90 %, à partir duquel le potentiel génétique du colza s’exprime pleinement. Cet effet est dû à la dilution des attaques et à une perturbation visuelle et olfactive des ravageurs. Un phénomène d’autant plus intéressant que les grosses altises sont de plus en plus résistantes aux insecticides. Là encore, en 15 ans, le groupe a divisé par quatre ses traitements. Parfois, la sortie du pulvérisateur s’avère même inutile.  

Colza associé à de la féverole et de la lentille. ©Gilles Sauzet, Terres Inovia

Un colza qui absorbe mieux les nutriments

Autre conséquence positive des associations : la nutrition du colza, notamment azotée. « La première explication, c’est bien sûr la restitution au printemps de l’azote de la légumineuse détruite en hiver. Le taux de restitution dépend de la légumineuse. Si elle est à port étalé (lentille, fenugrec, vesce), la restitution est rapide, quasiment 100 % pour le colza en place. Si la légumineuse est à port dressé (féverole), la restitution est plus lente, s’étalant sur une à deux années… Les agriculteurs peuvent ainsi choisir leurs légumineuses en fonction de leur stratégie, et, les associer entre elles pour cumuler leurs effets.

Mais même en automne, alors que la légumineuse est en place, les colzas associés ont un meilleur statut nutritionnel que les colzas seuls. Premier facteur : l’enracinement. « En présence d’une légumineuse, en raison d’une certaine concurrence entre les différents appareils racinaires, le colza produit des racines secondaires, et son pivot descend plus vite et plus profondément ».

Le système racinaire du colza amélioré

L’association influe aussi sur le microbiote de la rhizosphère, et plus généralement, sur le fonctionnement du sol, les rendant plus efficients au profit du colza, qui valorise mieux les nutriments. Gilles Sauzet estime que les agriculteurs pourraient « sans risque » diminuer de 30 U leur fertilisation azotée. Ils se sont néanmoins montrés un peu « frileux » sur ce point. En moyenne, le groupe n’a diminué que de 20 U.

Une forte amélioration des marges brutes avec les colzas associés

Entre les économies de charges d’intrants (malgré l’augmentation de la charge semences) et la sécurisation des rendements, les différences de marges brutes entre la situation initiale et la situation actuelle sont « monstrueuses » estime Gilles Sauzet : « Dans les situations à potentiel modéré, les résultats acquis depuis 10 ans redonnent de l’intérêt à cette culture indispensable dans ces milieux ».

Caractéristiques des principales légumineuses à associer en mélange de 2-3 espèces avec le colza
(d’après « Colza associé à un couvert de légumineuses gélives », dans « Les points techniques de Terres inovia »
disponible en téléchargement gratuit sur terresinovia.fr).

Une culture en déprise
Les associations avec des légumineuses gélives, si elles augmentent la résilience du colza en conditions limites, ne parviennent pas à empêcher le recul de cette culture en France, qui a perdu environ 30 % de ses surfaces depuis deux ans.

Un point complet par Terres Inovia :
L’Institut technique Terres Inovia a fait paraître en juin 2016 un point complet sur la technique du colza associé à un couvert de légumineuses gélives, son origine, ses facteurs de réussite, ses limites, ses bénéfices. L’ouvrage est disponible en achat sur le site, mais également en téléchargement gratuit.


(1)Un suivi associé à d’autres expériences dans d’autres contextes géographiques
(2)Gilles Sauzet a été récompensé d’un trophée de l’Acta, en octobre 2019, pour ses travaux autour des colzas associés avec les agriculteurs du Berry.