31 mars 2020
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Etat des blés à la sortie de l’hiver : des situations très hétérogènes !

Par Claire Vandermeersch, Publié il y a 1 an à 08h03
Parcelles de blé en Normandie. Photos prises le 10/03/2020 dans le même secteur ©Vandermeersch M.

Les surfaces en blé seraient au niveau le plus bas depuis plus de 15 ans !

Comme on le présentait dans l’article « Cultures d’hiver pour la campagne 2019-2020 : l’heure du premier bilan des implantations » paru au mois de décembre, avec une baisse de 8 % de la surface française emblavée en blé, la campagne 2019/2020 serait la plus faible depuis 2003 et avoisinerait celle de 2009, d’après Hélène Duflot de Tallage(1). En effet, d’après leurs dernières estimations, la sole en blé s’élèverait à 4,6 millions d’hectares contre 5 millions initialement prévus. Cette forte diminution est majoritairement liée aux conditions climatiques de cet automne pluvieux. Celui-ci s’est caractérisé notamment par un cumul de pluie important, en moyenne, sur la France et sur la saison. En effet, la pluviométrie a été excédentaire de plus de 30 % par rapport à la moyenne de référence de 1981-2010 (Météo France) et le nombre de jours de pluie a également été élevé. Sur la moitié ouest de la France, il a plu en moyenne 5 à 15 jours de plus que la normale. Ces mauvaises conditions ont rendu difficile, voire impossible dans certains cas, l’accès aux parcelles pour les semis.
Les agriculteurs français ne sont pas les seuls dans ce cas. Au Royaume-Uni, on observe le même phénomène avec une diminution des surfaces en blé estimé à 340 000 ha, d’après Hélène Duflot, soit une baisse de près de 20 % par rapport à 2019.

L’état des blés est très hétérogène : jusqu’à 2 semaines d’avance

A cause de l’échelonnement des semis, les stades de développement des blés d’hiver sont aujourd’hui très variables en fonction des parcelles et des régions. Selon les prévisions d’Arvalis (Figures 1 et 2), l’atteinte du stade épi 1 cm varie fortement : l’avance est notable dans le Poitou-Charentes, le sud-ouest(2) et le pourtour méditerranéen, par rapport au Massif Central, aux Alpes et au quart nord-est, plus en retard.

Les premiers blés, semés à une date normale, ont donc plus de 2 semaines d’avance. Cette précocité a notamment été occasionnée par les températures douces des dernières semaines. Cependant, cet effet a aussi pu être contrebalancé par les excès d’eau observés durant cette campagne. En effet, d’après Didier Renard, Expert protection des plantes chez Nat’Up, « Les systèmes racinaires sont dans l’ensemble faiblement développés » ; dans certaines zones, l’asphyxie a engendré une perte de pied. D’autre part, au-delà de la variabilité régionale, on observe aussi que l’état des blés est très variable d’une parcelle à l’autre, comme peuvent le montrer les photos ci-dessus (prises le même jour, dans le même secteur).

Les conditions humides augmentent le risque de piétin verse

Symptôme de piétin verse ©Arvalis

Avec la pluie qui ne cesse de tomber, les blés ont les pieds dans l’eau et le risque de piétin verse augmente. Le piétin verse est une maladie qui touche uniquement les bas de tige. Elle est liée au contexte de la parcelle, mais peut aussi être favorisée par certaines conditions climatiques et notamment une pluviométrie élevée et des températures douces durant l’automne et l’hiver, comme c’est le cas cette année. Les symptômes s’observent dès le début de la montaison, avec l’apparition d’une tâche elliptique contenant quelques point noirs.
Le risque piétin verse dépend aussi de la sensibilité variétale et de l’historique de la parcelle. Une grille d’évaluation réalisée par Arvalis permet d’évaluer celui-ci (fig. 5).

A partir du stade 1 cm, lorsque le risque est estimé moyen, il est important de surveiller régulièrement ses parcelles. En fonction du seuil atteint, il peut être nécessaire de traiter.

Seuils de déclenchement(3) – Source Arvalis :
– Si moins de 10 % de tiges sont atteintes (3 tiges ou moins sur 40) : ne pas traiter.
– Si plus de 35 % de tiges sont atteintes (14 tiges ou plus sur 40) : traiter rapidement, de préférence entre épi 1 cm et 1 nœud.
– Entre 10 et 35 % de tiges atteintes : la rentabilité du traitement est incertaine car elle dépend du climat postérieur au traitement et de la nuisibilité finale de la maladie.

Qu’en est-il pour la septoriose et les rouilles ?
« Les fortes pluies et la douceur engendrent un état sanitaire précaire, on voit beaucoup de Septoria tritici dans les blés, mais aussi les premiers signes de rouille jaune qui profitent également des températures douces. », mentionne Didier Renard.

En moyenne depuis octobre, les cumuls de températures sont supérieurs aux normales, allant de + 2 à + 28 %. Ces conditions sont favorables au développement de la rouille jaune. En revanche, le modèle d’Arvalis Crusty, qui tient compte du niveau de résistance variétale prévoit un risque limité de rouille jaune en plaine. Concernant la rouille brune, il n’y a a priori pas de développement précoce à prévoir (Arvalis).

Conséquences sur l’itinéraire technique : retard dans les interventions et des priorisations à prévoir

Le décalage des dates de semis a permis de réduire la pression des bioagresseurs. En effet, les semis tardifs ont permis d’éviter le pic de vol des pucerons, qui a eu lieu plus tôt. Cependant, l’absence de période de froid marqué durant l’hiver a participé au maintien potentiel d’une population de pucerons. Ainsi, le risque d’expression tardive de symptômes de JNO (Jaunisse Nanisante de l’Orge) reste possible, bien que le blé soit moins sensible que l’orge. Concernant la fertilisation de reprise de végétation, Didier Renard explique que « les blés auront besoin d’azote et de soufre de façon mesurée, prolongé et en quantité plus importante. Dans le contexte de l’année, le phosphore est très important pour le développement racinaire et la pérennité des racines. ».

Les dernières semaines ayant été très pluvieuses, peu de créneaux ont été disponibles pour réaliser les interventions initialement prévues. Avec l’amélioration des conditions météorologiques prévue dans les prochains jours, les agriculteurs vont pouvoir retourner en plaine. Plusieurs interventions seront à réaliser. A cause de l’hétérogénéité des parcelles, il sera important de vérifier les stades de chacune d’entre elles avant d’intervenir. Au vu des conditions poussantes, des régulateurs sont à prioriser. Au contraire, si les parcelles n’ont pas été désherbées à l’automne, la gestion des adventices est à prioriser avant les régulateurs. En effet, pour maximiser les efficacités du programme de désherbage, il vaut mieux traiter les adventices jeunes. Les interventions de désherbage de printemps peuvent s’étendre jusqu’à DFE (Dernière Feuille Etalée). Enfin, les apports azotés pourront être réalisés.

(1) https://www.strategie-grains.com/
(2)Toutefois, dans ce secteur, l’avance s’atténue pour les blés semés plus tard (fig. 2).
(3)https://www.arvalis-infos.fr/_plugins/WMS_BO_Gallery/page/getElementStream.jspz?id=19697&prop=image

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