28 novembre 2019
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De la production des solutions de biocontrôle, à leur utilisation par les agriculteurs

Par Paoula Déchelotte, Publié il y a 2 ans à 21h11
Chercheur effectuant des observations de trichogrammes sur buis, recherche sur l'utilisation de macro-organismes en lutte biologique - © Thibaut Andrieux

Le biocontrôle est communément défini comme l’ensemble des méthodes de protection des végétaux par l’utilisation de mécanismes naturels. Cela comprend : les macro-organismes (insectes et nématodes), les micro-organismes (Virus, bactéries et champignons), les médiateurs chimiques (Phéromones et kairomones) et les substances naturelles (substances d’origine végétale, animale et minérale). La liste des produits phytopharmaceutiques de biocontrôle est actualisée chaque mois par la DGAL. Sur le site e-phy ces produits sont identifiables par le logo ci-contre.

Un contexte de marché favorable mais des solutions qui demandent davantage d’accompagnement technique sur le terrain

Le marché des solutions de biocontrôle est en pleine croissance. Il a progressé de 70 % depuis 5 ans, soit une progression de 14 % par an. Sur la campagne 2017-2018, les produits fongicides et insecticides ont été utilisés respectivement sur 79 % et 10 % des surfaces.

Evolution des hectares déployés Biocontrôle par famille (Source: PPA, 2019)

Les résultats de l’enquête(1) menée par l’IBMA sur les produits de biocontrôle donne une vision de la place qu’occupent ces produits dans le monde agricole.

Signe qu’une marge de progrès est encore possible, parmi les agriculteurs enquêtés, 56 % n’utilisent pas des produits de biocontrôle et 50 % ont exprimé leur volonté d’en utiliser davantage.

Si ces produits ont une bonne image auprès des agriculteurs et que leur utilisation est de plus en plus fréquente, certains freins au déploiement sont cependant mis en évidence par les exploitants : coût élevé de ces solutions, manque de preuve d’efficacité, manque de produits disponibles sur certains segments ou encore manque d’accompagnement technique (IBMA, 2019). D’autre part, ces solutions demandent souvent plus d’observations et d’anticipation de la part de l’exploitant.

S’agissant d’organismes vivants, l’efficacité de ces solutions est étroitement liée aux conditions d’application. Il faut faire en sorte de les maintenir vivants et de favoriser leur développement. Différents paramètres d’influence ont pu être mis en évidence, comme la température, l’hygrométrie, la luminosité ou encore la nature du sol. De fait, une caractérisation fine de chaque produit est nécessaire pour optimiser son efficacité. De plus, une bonne maîtrise de la qualité de pulvérisation apparait comme essentielle ; le type de buses utilisées a donc toute son importance.

Différents dispositifs sont développés par les fournisseurs afin d’améliorer l’application au champ de ces solutions. C’est le cas par exemple de certains diffuseurs comme le Blister, ou de la technologie d’épandage aérien de trichogrammes dans les parcelles de maïs (hélicoptère ou drone).

Zoom sur la production et l’utilisation des Macrolophus

Pour comprendre le processus de fabrication d’un produit de biocontrôle phare en production de tomates sous serre, tournons-nous vers le site de Bioline Agrosciences à Livron-sur-Drôme. En effet, sur leur site, des milliers de Macrolophus (Macrolophus pygmaeus) sont produits chaque année, puis transportés jusqu’aux serres de tomates. Le Macrolophus, occupe une place importante dans la stratégie technique des producteurs de tomates, notamment dans le cadre de la lutte contre l’aleurode, les acariens et Tuta absoluta (mineuse de la tomate).

Macrolophus pygmaeus
© Bioline Agrosciences

A Livron-sur-Drôme sont produits les Macrolophus mais également les œufs d’Ephestia (pyrale de la farine) qui permettront leur nourrissage. Ces élevages ont lieu en conditions contrôlées (température, humidité, C02, luminosité). Les individus sont transportés d’une salle d’élevage à une autre, afin d’adapter les conditions climatiques à leur stade de développement. Sebastien Rousselle, responsable marketing et communication chez Bioline Agrosciences, parle « d’un élevage vertueux », puisque les œufs produits par les adultes élevés, servent de base à l’élevage de la prochaine génération. Tout au long du process de fabrication, des contrôles qualité sont effectués afin d’évaluer entre autres, le taux de reproduction, la vigueur et la croissance des individus.

Une fois le stade larvaire ou adulte atteint, les individus sont conditionnés, puis transportés. Afin de limiter les risques de mortalité ou de dégradation de la qualité pendant le transport, les individus sont placés dans des boites contenant des copeaux de bois (substrat), des œufs d’Ephestia (nourriture) et des haricots (source d’eau) et sont transportés par transporteur express pour une livraison généralement le lendemain.

La spécificité de Bioline Agrosciences est d’assurer l’ensemble du process de production du Macrolophus et des œufs d’Ephestia sur un seul site de production, à proximité directe des serres de tomates.

Le marché du Macrolophus est en pleine croissance, puisqu’il s’agit d’un insecte polyphage qui constitue un élément de lutte de base et qu’il est relativement facile à implanter. Il est très fortement utilisé par les producteurs en agriculture biologique, mais aussi par ceux engagés dans des démarches qualité.

Une croissance du marché des biocontrôles encouragée.

Le marché des produits de biocontrôle est en pleine croissance et la situation semble au beau fixe. Le gouvernement compte bien participer au déploiement des solutions alternatives aux produits phytopharmaceutiques de synthèse dont le biocontrôle fait partie. C’est notamment ce qui a été annoncé dans la note intitulée « Plans d’actions : produits phytopharmaceutiques et glyphosate » en date du 31 Juillet 2019. La mise en place d’une stratégie nationale de déploiement des produits de biocontrôle pour la fin d’année, y est annoncée. Prévue dans l’article 80 de la loi EGALIM, cette stratégie comprend entre autres, des programmes de recherche et d’expérimentation, des formations à destination des agriculteurs et des techniciens ainsi qu’un benchmark des pratiques mises en place dans les pays voisins (BISCH, 2019). 

(1)International Biocontrol Manufactures Association. Enquête réalisée, pour IBMA France, par AgroParisTech Service Etudes (ASE), durant le second semestre 2018, auprès de 542 agriculteurs interrogés par courrier électronique ou téléphone. La SAU moyenne de l’échantillon est 135 hectares

Références :
BISCH, PE.
Etat d’avancement. Plans d’actions : Produits phytopharmaceutiques et glyphosate, 2019.
IBMA.
Avis et attentes des agriculteurs sur le biocontrôle, 2019. Disponible sur : https://www.academie-agriculture.fr/sites/default/files/agenda/enquetelenamomusibmafrancecolloque-2019.pdf
PPA.
Analyse marché des solutions de biocontrôle, 2019.
ROUSSELLE, S.
Présentation d’une solution Bioline Agrosciences : le Macrolophus, 2019.