10 décembre 2019
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Cultures d’hiver pour la campagne 2019-2020 : l’heure du premier bilan des implantations

Dossier spécial
La météo humide de cet automne perturbe fortement les semis de céréales sur le territoire. Les prévisions pour la deuxième quinzaine de décembre s’inscrivant dans le même contexte, on s’oriente vers une augmentation des surfaces de cultures de printemps en 2020.
Par Alexandre Benoist, Publié il y a 2 ans à 14h12

Des emblavements de cultures d’hiver en baisse de 5 %

Les dernières estimations du service statistique du Ministère de l’Agriculture (Agreste) sont tombées, la sole totale en cultures d’hiver s’établirait à 6,55 Mha, en recul de 5 % par rapport à la campagne précédente. Le blé tendre d’hiver et l’orge d’hiver verraient respectivement leurs surfaces baisser de 5 % et de 4,3 % par rapport à la campagne précédente. La sole de blé dur connaît une baisse encore plus importante, s’inscrivant dans la tendance à long terme déjà observée (-7,5 % sur un an et -31,7 % par rapport à la moyenne quinquennale). Le colza, quant à lui, verrait sa surface avoisiner les 1,05 Mha (-4,9 % par rapport à 2018) et pourrait baisser sous la barre des 1 Mha si les parcelles ayant connu des levées difficiles et des dégâts d’insectes sont retournées en sortie d’hiver.

Emblavements prévisionnels de cultures d’hiver pour la campagne 19-20 (Agreste, 2019)

Une entrée d’hiver 19-20 extrêmement humide

source : MétéoFrance

Après une année 2018 caractérisée par un automne doux et sec, le cru 2019 est plutôt marqué par la multiplication des passages pluvieux. Sur la grande moitié ouest de la France, ainsi que l’extrême sud-est, le cumul des précipitations observés de septembre à novembre 2019 dépasse de 50 à 100 % la normale. Seul un petit quart Nord-Est et le nord des départements rhônalpins affichent une pluviométrie de saison. Conséquence de cet excès d’eau, les réserves en eau des sols sont bien remplies, souvent proches de la saturation. Dans ces situations, il est préférable d’attendre des conditions d’implantation plus favorables que de réaliser un semis en « force », qui peut se traduire par la pourriture des graines et par l’asphyxie des jeunes plantules. 

Des retards dans les chantiers de semis

Si, les semis d’orge sont quasiment terminés avec 91 % des surfaces semées au 2 décembre selon l’observatoire Céré’Obs de FranceAgriMer, il n’en est pas de même pour le blé tendre d’hiver et le blé dur (respectivement 83 % et 38 % des surfaces semées). Les régions de la façade atlantique et du sud-ouest sont celles où la majorité des semis de blé tendre n’ont pas pu être effectués. En moyenne, les semis accusent un retard de 7 jours par rapport à la moyenne quinquennale.

La qualité des conditions de cultures est également pénalisée, notamment en blé où seulement 73 % des surfaces bénéficient de conditions bonnes à très bonnes (-15 % par rapport à la moyenne sur cinq ans). Les conditions « mauvaises » sont retrouvées en Pays de la Loire (16 % des surfaces) et en Poitou-Charentes (13 %), où les levées débutent à peine ou sont peu engagées.

Adapter les semis aux conditions de la parcelle

Dans les régions où les chantiers se poursuivent, il est nécessaire de revoir certains facteurs comme le choix de la variété ou bien la densité de semis. En semant une variété en dehors du créneau recommandé, le potentiel de rendement peut en effet être impacté dès le départ de 10 à 20 %. Pour des semis très tardifs après la mi-décembre, il n’est pas nécessaire de partir d’emblée sur une variété alternative ou de printemps. D’après les résultats d’Arvalis, les variétés demi-hiver ou demi-alternatives restent souvent plus productives pour des semis pouvant s’étaler jusqu’en février. En zone nord, les variétés semées tardivement seront suffisamment exposées à des températures vernalisantes (3-10 °C) pour pouvoir monter à épi. L’augmentation de la densité des semis permet de compenser le risque de perte plus élevé. Augmenter la densité de plantes levées permet aussi de compenser le tallage plus faible et la période raccourcie avant montaison.

Le désherbage des céréales est à raisonner selon la portance de la parcelle, afin de ne pas impacter la structure du sol. Certaines interventions peuvent se révéler compliquées, nécessitant un report à des conditions meilleures. La planification des applications sera primordiale afin de ne pas exposer les produits à des risques de lessivages ou de ruissellement en cas de fortes pluies après application.

Du côté des bioagresseurs, le semis tardif couplé à une pluviométrie abondante a permis limiter les dynamiques de pucerons et de cicadelles vecteurs de viroses sur les parcelles. En revanche, il est nécessaire d’être extrêmement vigilant vis-à-vis des limaces sur les parcelles, soit par la pose de pièges ou en suivant les dégâts sur la végétation. En étant semées tardivement, les céréales ont une croissance ralentie, ce qui les exposant plus longtemps aux attaques des limaces. De plus, l’humidité des sols a pu conduire à des préparations de lits de semences plus grossières, avec la présence de mottes ou des raies de semis mal refermées, favorisant les attaques de ravageurs.

Une augmentation des surfaces de cultures printemps qui pourrait se poursuivre en 2020

Les conditions climatiques annoncées prochainement ne plaident pas en faveur d’une culture d’hiver et pourraient à nouveau conduire la majorité des agriculteurs à se tourner vers l’implantation d’une culture de printemps. Pour les parcelles avec des sols sensibles à l’hydromorphie, il est préférable de ne pas essayer d’implanter une culture d’hiver à tout prix et d’envisager dès maintenant une culture de printemps.

Le recul marqué du colza lors de la dernière campagne, avait déjà contribué à augmenter les surfaces de cultures de printemps (+31 % en orge de printemps, + 9 % en tournesol, + 5 % en protéagineux).