16 décembre 2019
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Robotique agricole, quels bénéfices au quotidien ?

Loin de l’image d’Epinal du robot qui remplacerait tous les agriculteurs et les relèguerait au rang de spectateurs, la robotique agricole s’oriente aujourd’hui vers la conception d’outils qui rendent des services de façon autonome aux exploitants agricoles. Pour dresser un tableau des apports qui seront rendus au quotidien par les robots, Tour d'horizon avec Naïo Technologies, une entreprise française pionnière en robotique agricole pour les cultures.
Par Namm, Publié il y a 8 mois à 06h12
Dino, robot désherbage légumes - © Naïo Technologies

La robotique consiste à automatiser un engin et le doter de technologie pour qu’il puisse travailler. Naïo Technologies est née en 2011 de la volonté de deux ingénieurs en robotique d’automatiser le désherbage pour supprimer le binage manuel dans les petites exploitations maraîchères d’un hectare ou moins. 

« Les petits maraîchers peuvent avoir plusieurs cultures différentes sur une petite surface, chacune avec ses contraintes, ce qui les oblige à biner manuellement ; travail pénible et répétitif qui rend cette profession particulièrement sujette à des Troubles Musculo-Squelettiques (TMS). Oz, le premier robot de la société, a été conçu en pensant à eux. Dans une étude qu’elle conduit depuis quelques temps, la Chambre d’Agriculture du Morbihan met en avant l’apport de la robotique agricole pour réduire ces TMS », explique Naïo Technologies.

On retrouve cette volonté de protéger au quotidien l’humain de tâches pénibles et potentiellement handicapantes, par exemple, chez les concepteurs des robots cueilleurs de fraises d’Octinion (octinion.com) et d’Agrobot (agrobot.com), ou cueilleurs de pommes d’Abundant Robotics (abundantrobotics.com). Il en va de même chez les concepteurs des futurs robots porteurs de charges, qui suivent l’exploitant, ou des exosquelettes qui démultiplient sa puissance tout en le protégeant des blessures.

Les robots agricoles vont aussi aider les exploitations agricoles à pérenniser leur activité tout en répondant aux demandes environnementales, notamment sur la moindre utilisation d’intrants phytosanitaires. Dino de Naïo Technologies, par exemple, désherbe l’inter-rang des cultures en plans comme la salade, « une culture assez fragile avec une réglementation de plus en plus contraignante sur l’utilisation de produits en santé du végétal. Dès 2020 le binage dans le rang devrait être opérationnel, faisant de Dino une solution de désherbage mécanique total. Ce modèle pourra être adapté pour d’autres cultures et évitera peut-être aux exploitants de se retrouver dans une impasse technique, pérennisant ainsi leur exploitation », explique Naïo Technologies.

Citons aussi le robot d’Ecorobotix, qui vise à réduire de 90 % les doses d’herbicides sur grandes cultures en ligne en pulvérisant précisément l’herbicide sur les adventices après les avoir reconnus dans le rang et dans l’inter-rang. Des tests de désherbage mécanique sur le maïs et le tournesol sont déjà conduits par certains fabricants. D’ici quelques années, on pourrait voir des robots désherber tous les types de champs et de cultures.

L’identification de maladies à un stade très précoce fait également l’objet de nombreuses recherches. Naïo Technologies, par exemple, travaille à l’identification du mildiou de la vigne bien avant que la maladie soit humainement visible. « Notre idée est d’identifier et de localiser précisément les ceps atteints par le champignon lorsque notre robot de désherbage Ted passe entre les rangs ». Mettre au point la technologie pour passer d’un traitement préventif de masse, à un traitement curatif « chirurgical » demeure le Graal pour beaucoup de compagnies. « L’industrie n’y est pas encore aujourd’hui, mais les premières briques commencent déjà à être développées pour demain », confirme Naïo Technologies.

TED, Robot désherbage viticole – © Naïo Technologies

Les robots vont apporter aux agriculteurs plus de souplesse dans leurs itinéraires techniques. « Tant qu’il conservera un poids faible, le robot aura, après un épisode long et/ou fort de pluie, un délai de réentrée dans la parcelle inférieur à celui d’un tracteur outillé. Le ressuyage de la parcelle sera plus rapidement suffisant pour un robot, ce qui permettra de désherber rapidement. L’agriculteur ne sera plus dépassé par la croissance et le stade phénologique des végétaux », explique Naïo Technologies. Le projet Centeol de Kuhn vise aussi, d’une certaine façon, à apporter de la souplesse dans la culture du maïs : des robots doivent en cultiver 50 ha en totale autonomie, du semis starterisé au désherbage de post-levée. Les fenêtres de semis seront ainsi plus nombreuses.

La robotique agricole sera aussi une solution au manque récurrent de main d’œuvre qualifiée. Les robots cueilleurs, dont on a parlé précédemment, en sont un exemple ; Naïo Technologies en donne un autre : « nous rencontrons des viticulteurs qui ne trouvent pas assez de tractoristes pour travailler dans les vignes. C’est un métier pénible qui n’attire pas. Pour certains, la question est de savoir s’ils maintiennent la surface de leur vignoble ou non ; car ils estiment qu’environ 30 % de leurs vignes risquent de ne plus pouvoir être travaillées. Il y a donc une très forte demande pour robotiser certaines tâches ». Permettre aux travaux d’être réalisés dans les temps, voilà une aide quotidienne précieuse …

Enfin, les robots agricoles pourraient devenir un outil de lutte contre l’agribashing, estime Naïo Technologies. Ils seront d’excellents outils de promotion de l’agriculture française pour attirer vers ce secteur une nouvelle main d’œuvre intéressée par les technologies et le respect de l’environnement. « Le tout premier client de notre robot Oz avait d’ailleurs inscrit sur son camion ‘nos cultures ont été désherbées avec le robot Oz’ », conclut Naïo Technologies.

OZ, Robot désherbage – © Naïo Technologies

Pénibilité, réponse aux pressions environnementales, souplesse de conduite, gestion des ressources humaines et marketing. La liste des bienfaits de la robotique agricole ne serait pas complète si l’on ne parlait pas du temps libéré pour les agriculteurs. Pour qu’ils consacrent plus de temps à des tâches à forte valeur ajoutée ou tout simplement moins de temps sur l’exploitation et plus de temps avec leurs proches. Les éleveurs utilisateurs de robots de traite en savent quelque chose !