22 juin 2020
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Vers une amplification de la commercialisation en circuits courts à la suite de la crise de la Covid-19 ?

Déjà répandus sur l’ensemble du territoire français depuis plus d’une dizaine d’années, les circuits courts semblent promis à prendre de plus en plus de place les prochaines années. La crise du coronavirus a sans aucun doute amplifié ce tournant dans nos pratiques alimentaires ; les consommateurs recherchent davantage de lien avec les producteurs et les produits, tandis que les villes ambitionnent plus d’autonomie alimentaire. Dans ce contexte, nombreux sont les agriculteurs qui pourraient être tentés par l’expérience, mais le manque de visibilité pourrait compromettre le tout. Un point sur la situation.
Par Robin Sesmat, Publié il y a 1 mois à 11h06
Les casiers connectés de la SCEA de la plaine sont réapprovisionnés tous les jours et sont disponibles 24h/24h - Source : Facebook SCEA de la Plaine

Un mode d’achat multiple, favorisé par le contexte actuel et résilient en période de crise

Si à l’annonce du confinement, les supermarchés ont été prisés des consommateurs pour leurs achats de première nécessité, l’achat de produit frais, lui, s’est réorienté au fur et à mesure vers des espaces de consommations moins fréquentés et plus de proximité. La demande des consommateurs a explosé auprès des circuits courts. De nombreux français se sont notamment tournés vers la vente directe pour faire leurs achats de produits frais, afin de maintenir un comportement responsable (en évitant les grandes surfaces, les grands déplacements) mais aussi souvent pour soutenir les producteurs de leur région. Ces modes de consommation ont en effet permis de conserver, voire de recréer parfois le lien entre eux. Pour accompagner ce mouvement, de nombreuses initiatives, telles que des plateformes en ligne pour identifier des circuits courts et créer de nouveaux réseaux de distribution(1) ou bien celle pour aider les agriculteurs dans leur travail(2), ont été créées durant ces deux derniers mois.

Il faut dire que ces organisations font preuve de beaucoup d’innovation et d’adaptabilité, grâce à une multitude de moyens de commercialisation. Ainsi, les consommateurs ont pu se tourner vers les quelques 2 500 AMAP présentes sur notre territoire, les 400 magasins de producteurs ou encore les 10 683 marchés alimentaires (sans compter les 690 marchés de producteurs), parmi lesquels une majorité a toutefois été contrainte de fermer. Le secteur bénéficie encore aujourd’hui de l’engouement des citoyens et du fort développement de l’e-commerce, qui popularise via ses plateformes : les « drive fermiers » tout droit inspirés des drives des grandes-surfaces (plus de 1000sont aujourd’hui recensés en France par l’INRAe), mais aussi des points Locavor, des casiers connectés, etc.

Alexandre Blondeau, producteur de fromage de chèvres à La-chaussée-sur-Marne (51) et responsable communication du magasin de producteur « Les Sacrés fermiers » à Cernay les Reims (51) commente : « L’avantage qu’on a eu est lié au fait que nous avons un magasin de producteurs disponible, où les consommateurs ont retrouvé des conditions sanitaires rassurantes, des produits locaux avec une garantie de qualité alimentaire, un service permanent », puis continue « les autres, ceux qui possèdent une plateforme de vente directe sur la ferme ont aussi été fortement sollicités par rapport à ceux qui n’avaient pas ces moyens déjà mis en place ». 

Des circuits courts gagnants-gagnants, en particulier en milieu rural

Ainsi les circuits courts ont pu être épargnés par la crise du coronavirus, grâce à l’effort d’adaptation des agriculteurs et le développement de nombreuses innovations. Les pertes ont été limitées, voire certains ont même pu profiter de changement de mode de consommation.  Dans le petit village de Flin (54), Colette Schuler a été contrainte de quitter son marché habituel de Saint-Dié-des-Vosges (88) pendant le confinement, où elle faisait 2 marchés par semaine, pour vendre en directe à la ferme ses produits maraîchers de saison. « Avant la crise, nous n’avions pas de clientèle sur le secteur de la ferme, à Flin. Rester vendre ici à la ferme a permis de gagner une nouvelle clientèle, déjà sur place » se réjouit-elle. 

Une habitude que l’exploitation de Colette Schuler n’avait pas et qui demande « un peu plus de travail pour s’adapter » mais qui va être maintenue pour voir comment évoluent les choses : « on verra cet été si on maintient la vente à la ferme et si les clients reprennent leurs anciennes habitudes. Pour l’instant on ne sait pas du tout comment ça évoluera, on verra bien » indique-t-elle.

D’ailleurs, Jean Claude Galland, élever de porcs en Indre-et-Loire, rappelle dans une vidéo de promotion de Bienvenue à la Ferme et des marchés de producteurs de pays (sur la page dédiée aux circuits courts des Chambres d’Agriculture) que « c’est quelque chose qui s’inscrit dans le temps, qui crée de l’emploi, qui est durable et qui apporte de la valeur ajoutée ». Ça permet aussi de « maintenir les Hommes sur le territoire, sur la ferme ».

Depuis, la situation s’est globalement calmée et revient peu à peu à la normale. Mais pour les producteurs et les zones rurales plus généralement, ces nouvelles façons de commercialiser sont une réelle opportunité de développement.

Mais un avenir incertain, qu’il convient d’accompagner

Les circuits courts se retrouvent pourtant dans une situation post-crise assez floue, où les exploitants agricoles ont encore peu de certitudes sur le maintien de l’intérêt des consommateurs. Alexandre Blondeau rajoute : « Sur le magasin, nous allons conserver une partie des nouveaux clients, mais on remarque que les ventes diminuent légèrement, en lien avec la reprise des habitudes des consommateurs. Il est impossible de dire si on va en conserver 40 ou 10 %. On pourra mesurer l’impact de tout ça à la fin de l’année ».

En réponse à ces questions et en attente d’un possible plan de relance pour l’agriculture et la souveraineté alimentaire que réclament certaines organisations agricoles(3), les Chambres d’Agriculture ont rédigé un plan de propositions(4) pour le redressement de l’activité agricole française. On y retrouve notamment : une volonté d’allègement de la règlementation en vue de la production et de la transformation de produits fermiers, une mise à disposition de locaux pour les agriculteurs qui souhaitent vendre en circuit court, un développement accéléré de la 4G et des outils informatiques (souvent nécessaires pour s’appuyer sur les nouveaux réseaux de distribution) ou encore la diffusion au grand public d’un annuaire et d’une cartographie des producteurs qui pratiquent et alimentent la vente directe, les magasins de producteurs et les drives fermiers.

La crise du coronavirus aura donc probablement fait office de catalyseur dans cette transition des modes de consommation, tant dans les habitudes des consommateurs que pour les politiques, qui entendent et se doivent de répondre à la demande de la population et des territoires. Alexandre Blondeau conclut : « De manière générale oui, il est certain que la crise va avoir un effet accélérateur, qui sera à l’avantage des circuits courts ».

Références :
(1) https://www.deux-sevres.cci.fr/actualite/covid-19-plateformes-de-circuits-courts
     https://tousoccitariens.fr/

(2) https://desbraspourtonassiette.wizi.farm/

(3) https://www.terre-net.fr/actualite-agricole/politique-syndicalisme/article/fragilises-par-la-crise-les-agriculteurs-reclament-leur-part-du-plan-de-relance-205-169582.html
     https://www.terre-net.fr/actualite-agricole/politique-syndicalisme/article/sept-organisations-agricoles-appellent-a-rebatir-une-souverainete-alimentaire-205-168842.html

(4) https://chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/National/FAL_commun/publications/National/Sortie-crise_moyen-terme_final.pdf