18 mars 2020
Partager l'article :

Agriculture : les adaptations au changement climatique sont aussi des atténuations

Les scénarios climatiques s'avèrent le plus souvent catastrophiques pour les productions agricoles de France et du monde. Toutefois, la recherche de solutions d'adaptation avance à grands pas. Tout comme celle de moyens de réduction des émissions. Bonne nouvelle : le plus souvent, elles vont de pair. Le point avec Jean-François Soussana de l'Inrae.
Par Cathy Pierre, Publié il y a 7 mois à 09h03
Jean-François Soussana, vice-président en charge de la politique internationale à l’Inrae ©rdeceglie

« Davantage de canicules, de sécheresses et d’inondations… ». Entendues depuis des années, les prévisions des experts pour le climat de la planète à l’horizon 2050 ne laissent plus grand monde dubitatif. Surtout pas les agriculteurs qui ont l’occasion d’en voir les prémices très concrètes depuis quelques années.

Lors des dernières controverses de l’agriculture et de l’alimentation, organisées à Paris par le groupe de presse Réussir-Agra en 11 février dernier, Jean-François Soussana, vice-président en charge de la politique internationale à l’Inrae(1), a brossé un tableau des conséquences de ce changement climatique sur l’agriculture.

La recherche met les bouchées doubles

Celui qui est aussi expert au Giec et dans diverses instances européennes ne s’est pas contenté de décrire les catastrophes attendues sur les cultures, l’élevage, les maladies, les cours des matières premières ou l’insécurité alimentaire. Car heureusement, le monde de la recherche, et en particulier l’Inrae, travaille sur les adaptations et les atténuations que peut réaliser le monde agricole.

De nouvelles variétés pour s’adapter au climat

Jean-François Soussana a évoqué quelques programmes de recherche. « Nous avons des partenariats public-privé pour la mise au point de variétés de blés, de maïs, de colzas, résistants à la sécheresse ou à l’engorgement des sols. » L’Inrae dispose de méthodes de phénotypages haut-débit qui permettent de gagner quelques années par rapport à des sélections classiques.

D’autres recherches concernent la composition et la qualité des végétaux et leur variabilité face aux conditions climatiques. L’objectif est de trouver le meilleur compromis entre caractéristiques fonctionnelles et rendements.

L’Inrae se préoccupe aussi de détecter, suivre et endiguer les maladies émergentes, qui touchent de plus en plus les animaux et les végétaux, sous l’effet des changements climatiques et de l’accroissement des échanges. Là encore, les technologies avancées (par exemple, la télédétection) permettent d’être plus rapide et efficace pour limiter les propagations.

Sol et arbres superstars

En matière d’adaptation aux effets du changement climatique, le chercheur évoque aussi la diversification des cultures (pour répartir les risques), l’allongement des rotations, la recherche d’une meilleure structuration des sols (avec l’adaptation voire la suppression du travail du sol), une gestion de l’eau plus efficace (irrigation et drainage), sans oublier la plantation ou le maintien des arbres (microclimat amélioré pour les animaux et les cultures).

Même si ces pistes d’adaptation seront sans doute disponibles pour l’agriculture, Jean-François Soussana estime qu’il « serait irresponsable de ne pas chercher en parallèle à réduire les émissions de gaz à effet de serre ». Or, la « bonne nouvelle », c’est que 60 % des idées identifiées comme réduisant les émissions liées à l’activité agricole sont aussi des solutions d’adaptation.

Parmi ces solutions, on retrouve ainsi la place prépondérante du bon fonctionnement des sols, l’incorporation des légumineuses dans les rotations, la meilleure gestion des effluents, en particulier grâce à la méthanisation, l’adaptation des rations des animaux, et bien sûr l’arbre, plébiscité sous toutes ses formes. « Il est possible de tout combiner et tout ce potentiel est à notre portée ».

Quels impacts sur les rendements en 2050 ?
Sans adaptation des variétés et des pratiques, les effets du changement climatique varient selon les régions et les cultures.
– Des impacts négatifs généralisés sur la façade Méditerranéenne
– Un potentiel agronomique du Maïs généralement réduit
– Une augmentation pour le Blé sur la façade Atlantique et en Europe du Nord
– Une augmentation généralisée pour la Betterave irriguée

(1)Au 1er janvier 2020, l’Institut national de la recherche agronomique, Inra, est devenu Inrae, (fusion de l’Inra et de l’Irstea), Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

L’initiative 4 pour 1000 pour accroître le stockage de carbone
Les sols de la planète contiennent à ce jour deux à trois fois plus de carbone que l’atmosphère. Des études scientifiques, portant notamment sur les sols agricoles et forestiers français, ont montré qu’ils n’étaient pas saturés en carbone organique : il est possible d’accroître leurs capacités de stockage par des pratiques adaptées. En outre, l’augmentation du stockage du carbone dans le sol va de pair avec une augmentation de sa teneur en matière organique, donc un meilleur fonctionnement et de meilleurs rendements pour les cultures.
Lors de la COP 21 qui s’est tenue à Paris en 2015, sur proposition de l’Inra, la France a lancé l’initiative « 4 pour 1000 » : elle table sur le fait qu’une augmentation modérée mais continue des capacités de stockage des sols (+ 4 g/1000 g chaque année) permettrait, -en théorie-, de compenser totalement l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère. A ce jour, l’initiative réunit 281 signataires volontaires : états, organisations internationales, établissements de recherche, universités, organisations professionnelles…
https://www.4p1000.org/fr