28 août 2020
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Agriculture de conservation des sols : 3 règles et une porte d’entrée pour réussir sa transition

L’agriculture de conservation des sols (ACS) rompt avec le modèle conventionnel basé sur le labour. Elle a démontré son intérêt économique et son efficacité agro-environnementale. L’ACS peut effrayer à cause de la phase de transition qui nécessite de la technicité et à cause de la promesse politique d’interdire le glyphosate. Sarah Singla, agricultrice en Aveyron, ingénieure agronome, spécialiste de l’ACS et formatrice, propose quelques règles simples pour réussir sa transition.
Par Namm, Publié il y a 2 mois à 09h08
© Fabien de Chavanes

L’ACS a pour finalité de rétablir les équilibres naturels du sol. Elle repose sur trois piliers :

  1. Une couverture permanente des sols, par des cultures, des couverts ou des résidus de culture,
  2. Des semis sans travail du sol,
  3. Une diversification des espèces végétales cultivées.

Transition préparée, transition réussie

Sarah Singla considère qu’il y a trois règles essentielles à suivre pour réussir sa transition.

Règle n°1 : se former

Il y a une vraie base technique à acquérir pour comprendre comment fonctionne un sol. Cela va notamment des couverts végétaux aux rotations en passant par la compaction des sols, le poids des machines et leurs réglages. Si on se forme généralement au contact d’autres agriculteurs déjà en ACS, il faut aussi considérer les formations. Aujourd’hui, il en existe plusieurs éligibles VIVEA ; et de plus en plus de conseillers agricoles sont formés à l’ACS pour accompagner les agriculteurs qui souhaitent entamer leur transition. En ACS, la formation doit être permanente.

Règle n°2 : tenir compte de son contexte et de ses conditions pédoclimatiques

En fonction de son système d’exploitation, de nombreuses choses sont possibles. Mais il ne faut surtout pas faire un copier/coller de ce que l’on a vu chez le voisin sans analyse, au risque de dégrader sa rentabilité économique.

Pour illustrer cette règle, Sarah Singla prend l’exemple du relay-cropping1. « J’aimerais bien installer un soja dans un blé au mois de mai. Mais je n’ai ni assez d’irrigation ni assez de chaleur pour que le soja pousse. Tout ce que j’obtiendrais, ce sont de belles photos de semis, mais pas de récolte ! »

Règle n°3 : reprendre les bases de l’agronomie2

Il faut réaliser un diagnostic complet de ses sols (chimique, structurel et agronomique) pour hiérarchiser tous les facteurs limitants à l’expression du plein potentiel des sols et les effacer méthodiquement les uns après les autres.

« Avant de commencer, l’agriculteur doit savoir s’il doit chauler, s’il doit drainer, s’il doit fissurer, quelles teneurs minérales il doit redresser, connaître les adventices de ses parcelles et leurs phytoécologies3, …  Par exemple, si l’exploitant s’intéresse aux oligo-éléments sur les cultures, mais que le pH est de ses parcelles est à 4, cela ne marchera pas. C’est un peu comme si on avait choisi une super cerise pour le gâteau, mais qu’on avait oublié de faire cuire le gâteau », explique Sarah Singla.

Les couverts végétaux, la porte d’entrée mais aussi la porte de sortie de l’ACS …

Les couverts végétaux sont la culture obligatoire de l’agriculture de conservation des sols. Ils vont protéger le sol et en améliorer la structure, et entamer le recyclage des éléments nutritifs. Ils ont aussi des effets bénéfiques pour participer au maintien de la biodiversité. Réussir leur implantation est primordial.

« Quelqu’un qui a un semoir de semis direct mais qui n’a pas fait de couvert végétal va se planter. Le semis direct cela ne marche pas seul », assène Sarah Singla.  « De nombreux éléments sont à prendre en compte pour ne pas louper son couvert végétal et dire que ça ne marche pas. L’agriculteur qui veut faire de l’ACS doit notamment savoir distinguer les couverts d’été des couverts d’hiver, se mettre en capacité d’implanter rapidement après la moisson lorsque les conditions sont favorables, mettre un peu de fertilisation localisée et travailler les densités de semis ».

Pour autant, les agriculteurs désireux de faire la transition ont désormais une épée de Damoclès au-dessus de la tête : l’interdiction du glyphosate pour détruire ces couverts. « C’est un sujet qui inquiète et ralentit les passages à l’ACS. On a besoin d’un désherbant chimique pour nettoyer la parcelle avant le semis de la culture principale. Sans le glyphosate, on ne sait pas faire de l’ACS. Il faudrait revenir à la technique ancestrale de l’abattis-brulis ou bien repasser à un désherbage mécanique, et on sait que ces deux techniques finissent par détruire les sols ». Pour autant, Sarah Singla reste optimiste, arguant que le vrai débat doit d’abord s’axer sur l’analyse bénéfices/risques et que les systèmes agricoles doivent être orientés sur des résultats et non sur des cahiers des charges.

Pour réussir sa transition, « il ne faut brûler aucune étape. Surtout, il faut faire sa transition avec pragmatisme et cohérence et ne pas s’enfermer dans le dogme et l’idéologie. Car il ne faut pas oublier que la finalité c’est de récolter », conclut Sarah Singla.

1 Le relay-cropping, ou culture en relais consiste à semer une culture d’été dans une céréale alors que celle-ci n’a pas encore été moissonnée;
2 L’agronomie est la science visant à comprendre les mécanismes en jeu en agriculture et à les améliorer. Elle définit de règles que les agriculteurs peuvent appliquer pour améliorer leurs productions;
3 La phytoécologie est l’étude des rapports entre l’environnement et la végétation.

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