19 février 2020
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Agriculture biologique : les techniques sans labour à l’essai

Par Antoine Samson, Publié il y a 11 mois à 07h02
© Pauline Lagarde

Le projet Reine Mathilde expérimente le non labour en agriculture biologique depuis début 2019. Des essais sont conduits à Tracy Bocage. La restitution des premiers résultats est programmée le 17 mars prochain.

Peut-on adopter des pratiques de conservation du sol en agriculture biologique ?

Autrement dit, des parcelles en bio peuvent-elles être productives sans craindre l’envahissement d’adventices ? Dans le Calvados, Thierry Métivier et Jacques Girard, conseillers en agriculture biologique, lancent la deuxième année d’expérimentation « bio et non labour » au GAEC Guilbert à Tracy Bocage.

Fin 2019, une prairie temporaire biologique a été scindée en 2 parcelles où sont cultivées d’une part, sur chacune d’elles, une association céréale/protéagineux suivie d’un maïs et d’autre part, du blé. Mais la première parcelle aura auparavant été labourée et la seconde pas.

L’an passé, l’expérimentation avait déjà été conduite deux parcelles similaires. Le rendement de la parcelle non labourée avait été estimé à 34 quintaux par hectare en blé de printemps, et à 30 quintaux par hectare sur celle qui a été labourée.

Quant à la culture de maïs, la production était, sur les deux parcelles, équivalente (10-10,5 tonnes de matière sèche). L’épandage d’effluents organiques réduit l’écart de rendements entre une culture de maïs conventionnel et biologique.

L’été passé, le meilleur rendement en blé sur la parcelle non labourée s’expliquerait par une structure du sol plus aérée, une minéralisation plus importante de la matière organique enfouie.

Sur la parcelle labourée à partir de fin février, l’itinéraire cultural avait été le suivant pour détruire la prairie :
– Actisol (scalpeur de l’herbe) ;
– Rototiller (outil animé avec dents droites) ;
– Déchaumeur à dents « pattes d’oie » (pour affiner la destruction de la prairie) ;
– Labour puis semis de blé de printemps ;

Sur la parcelle qui n’a pas été labourée, les trois premières étapes ont été suivies par un nouveau passage de Rototiller et par deux passages de pattes d’oies. Ensuite l’entretien mécanique des deux parcelles était le même.

Les parcelles cultivées en 2019 vont être suivies durant encore deux ans.

Les limites du non labour

Les couverts d’inter-cultures participent à la lutte contre les adventices. Mais en technique sans labour, un colza fourrager sert « d’intermédiaire » entre la destruction de prairie temporaire fin août et les semis automnaux de méteils (mélange de céréales et de protéagineux) ou de blé pur.

L’expérience sera renouvelée en 2021 voire 2022 sur de nouvelles parcelles de prairies. Les observations portent sur l’état des sols et sur la population des adventices vivaces (chardon, chicorée, laiterons, rumex), à priori plus difficiles à limiter sur les parcelles non labourées.

Une attention particulière est aussi portée sur les adventices annuelles et en particulier dicotylédones semble-t-il moins sensibles à l’effet des labours.

Sur les parcelles non labourées, le résultat obtenu est incertain. En effet, l’agriculture biologique repose sur le labour des parcelles car c’est la méthode la plus classique pour lutter contre les adventices. Dans le même temps, le labour, qui ne contribue pas à la préservation de la biodiversité et de certaines fonctionnalités des sols, dilue également la matière organique.

L’expérience de la pratique du non labour en agriculture biologique s’inscrit dans l’initiative 4 pour 1 000 adoptée durant la conférence sur le climat en 2015 à Paris. Pour rappel, elle vise à stocker du carbone organique dans le sol et à augmenter son taux de 0,4 % par an en régénérant leur activité biologique.

La restitution des premiers résultats de l’expérimentation sera faite le 17 mars prochain lors de la journée porte ouverte à Tracy Bocage. Sur chacune des parcelles seront présentés le bilan carbone et énergétique de la première année d’expérimentation et le temps passé pour cultiver les parcelles.

Le labour est chronophage mais le remplacer par plusieurs passages de pattes d’oies ou d’Actisol, est-ce pour autant plus écologique compte tenu de la consommation de gasoil nécessaire pour réaliser ces travaux tractés? 

À moyen terme, il se peut que les parcelles non labourées pendant quelques années le soient de nouveau une année ou deux pour nettoyer les parcelles. Elles seront ensuite entretenues superficiellement. Mais il reste à savoir à quelle profondeur la terre sera retournée et si un labour quinquennal, par exemple, ne détruira pas les efforts de quatre-cinq années d’enrichissement du sol en matière organique. Les réponses à ces questions sont autant de sujets d’études qu’il sera nécessaire de conduire dans les années à venir.