08 juin 2020
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3 méthodes pour mieux piloter l’irrigation

Bilan hydrique, sonde tensiomètre et sonde capacitive, trois méthodes pour un même objectif : piloter l’irrigation des parcelles de manière la plus précise possible. Au-delà des économies d’eau générée, le but est d’optimiser l’utilisation de la ressource.
Par Paul Renaud, Publié il y a 1 an à 07h06

Comme en témoigne l’été 2019, avec ses nombreux arrêtés préfectoraux d’interdiction d’irrigation, l’accès à l’eau va devenir de plus en plus compliqué pour les irrigants. Les différents outils de pilotage de l’irrigation représentent une double réponse face à ses tensions. D’une part, ils permettent d’optimiser la consommation de la ressource. D’autre part ils permettent de justifier, données à l’appui, la nécessité d’irriguer lorsque pivots et enrouleurs fonctionnent. Fini donc le démarrage empirique des tours d’eau, « avec ces outils, lorsque l’agriculteur déclenche l’irrigation, il est capable de dire pourquoi il le fait » explique Bruno Fontaine chez Arvalis – Institut du végétal.

1 – Les sondes tensiomètriques

Le fonctionnement des sondes tensiomètriques repose sur un capteur qui mesure la force de succion que les racines doivent exercer pour pomper l’eau. « En moyenne, il y a une économie de 1,5 tour d’eau par rapport à des pratiques courantes sur maïs » affirme Xavier Eftimakis de l’entreprise Challenge agriculture. Le lien, entre la mesure relevée et le besoin en eau, est réalisé via un calcul basé sur les modèles Irrinov d’Arvalis. L’institut technique a décliné cette méthode selon les régions et les cultures. Chacune des modélisations possède un « guide de l’utilisateur » en accès libre sur le site d’Arvalis.

Besoins de sondes sur deux ou trois horizons

Pour avoir un panel de mesure complet, il est conseillé d’installer des sondes sur deux ou trois horizons. Cela permet de récolter des informations sur la présence au niveau des racines, mais aussi sur les remontées capillaires sur des horizons plus profonds. « On mesure ces horizons avec trois capteurs pour piloter l’irrigation avec la médiane et éviter les effets de bords. En aspersion, un site de mesure avec 6 capteurs peut-être suffisant pour l’exploitation. Tout dépend de la gestion de l’irrigation » précise Pierre Giquel du service R&D et agronomie chez Weenat

Des sondes désormais connectées

Si la technique du calcul tensiomètrique existe depuis de nombreuses années, elle a évolué au fil du temps. Les premières sondes devaient être relevées plusieurs fois par semaine à l’aide de pinces crocodiles. Aujourd’hui, ces outils peuvent être connectés et transmettre les informations en temps réelles. « Sur l’offre que nous proposons, l’agriculteur peut recevoir les informations avec ou sans conseil hebdomadaire » détaille Xavier Eftimakis. Certaines sondes permettent également d’ouvrir automatiquement des électrovannes pour lancer l’irrigation, notamment sur du goutte à goutte. « En grande culture, l’automatisation me semble encore compliquée, notamment sur des enrouleurs qu’il faut déplacer » nuance Bruno Fontaine.

2 – les sondes capacitives

Arrivées sur le marché de manière plus récente, les sondes capacitives relèvent directement l’humidité du sol. Pour cela, un condensateur envoie une impulsion électrique entre deux plaques de cuivre. Plus la vitesse de déplacement de l’impulsion est rapide, plus il y a d’eau dans le sol. « Nous avons constaté des décalages du lancement de l’irrigation de 2 à 3 jours, voire d’une semaine dans certains cas » rapporte Eric Faure, conseiller spécial irrigation à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire.

Détecter des problèmes de structuration du sol

Les sondes capacitives ont l’avantage de posséder plusieurs capteurs, ce qui permet de mesurer la présence de l’eau selon les horizons. « Dans certains cas, cela nous a permis de détecter des problèmes de structures du sol » se souvient le conseiller. Si le nombre de capteur est un avantage, il génère également un coût total de l’investissement assez important.

3 – le bilan hydrique

La méthode du bilan hydrique ne nécessite pas de capteur. Elle calcule le besoin en eau à partir des données météorologiques, la composition du sol et du stade la culture. Ces dernières années, Arvalis – Institut du végétal a développé le modèle Irré-LIS sur ce principe. Il permet de définir le besoin en eau quotidien de la plante et de le comparer à la réserve du sol pour définir les volumes d’irrigations nécessaires. « À partir de la somme de température, on peut définir le stade de la plante de manière assez bluffante » précise Bruno Fontaine.

Un modèle basé sur les données de Météo France

Pour calculer le besoin en eau, Irré-LIS se base sur les données des stations Météo France. Il est également possible de lier l’outil à une station météo connectée implantée dans la parcelle. Pour que l’échange de données se fasse dans les meilleures conditions possible, un gros travail a été fait pour que l’outil soit compatible avec la plateforme Api-Agro.

Bien calibrer les calculs du bilan hydrique

Si les modèles développés sont de plus en plus performants, attention tout de même à bien calibrer les calculs. « Il faut que le bilan hydrique débute sur une période où l’agriculteur est sûr que la réserve utile du sol est à son maximum, sinon cela fausse la quantité restante par la suite » explique l’expert Arvalis.